Il y a de ces films qui dissimulent tout sous la face invisible de l’iceberg. Des longs-métrages qui vendent de façon très habile leur produit sans en dévoiler au spectateur lors de la campagne marketing. The Drama de Kristoffer Borgli fait partie de ces films-là. Tout part d’un postulat on ne peut plus simple : Emma (Zendaya) et Charlie (Robert Pattinson) se marient. Manque de pot, une révélation vient jeter un froid sur leur mariage. On peut se faire un gros paquet de films dans notre tête. Au bout de 20 minutes de long-métrage, la révélation tombe comme un couperet et elle fait basculer cette petite comédie romantique niaise et inoffensive en un gros thriller paranoïaque. Il serait presque criminel que je vous la dévoile tant l’entièreté du film repose sur ce retournement.
Un pamphlet humain paranoïaque et organique

La réalisation va ensuite cumuler les audacieux partis-pris artistiques, en proposant à la fois des images graphiques puissantes et troublantes. Le scénario aide également à créer une atmosphère anxiogène qui monte en pression. Tous les artifices sont bien servis pour nous amener dans ce tambour de machine à laver — un peu comme Marty Supreme avant lui — on attend constamment que ça pète et le film joue avec nos nerfs. C’est un pamphlet humain parano, constamment sur ses gardes, qui met en exergue méfiance, préjugés et stéréotypes. Celui qui est perturbé par l’intrigue devient au final l’élément perturbateur.
Encore une fois, c’est compliqué de ne pas trop en dire. Robert Pattinson traîne ses guêtres dans un Charlie ridicule, candide et psychologiquement fragile — il fait le contre-pied parfait de Zendaya qui apparaît comme une femme forte, sereine et qui ne renie aucun élément de son passé. Le duo marche bien, bien aidé par les seconds rôles qui y vont également à fond. The Drama fait partie de ces très rares films dont on ressort éprouvés, nauséeux et fragiles, tant ça vient méchamment te désarçonner et t’épuiser par une violente montée en adrénaline. C’est le Mother ! de Darren Aronofsky mais sans le côté religieux et la métaphore christique.
Entre Soderbergh et l'horreur psychologique

Du côté des influences, on a beaucoup d'idées de Steven Soderbergh, c’est-à-dire instaurer du malaise de façon pure et dure grâce à des arrivées sonores abruptes totalement en lien avec les angoisses du film. À partir du moment où la narration va vous dévoiler le grand secret d’Emma, The Drama part dans un grand huit lent et douloureux, qui va accoucher des pires angoisses de l’être humain (la peur de l’autre, l’acceptation de soi et la paranoïa). Un truc complètement fou, très « absolute cinema » (merci A24), qu'il faut voir absolument plutôt que de se farcir les 1h40 de Super Mario Galaxy.
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