Deux semaines après le clairement pas dingue Les Héros du Louvre qui, sous couvert d’un pitch plutôt novateur, nous avait offert un vague bingo de tout ce que l’on est en droit d’attendre d’un film sur une famille française sous l’Occupation, on a de nouveau un film de guerre. Place à Justin le Juste d’Éric Barbier avec Alban Ivanov et Birane Ba.
Alban Ivanov joue le paysan candide et naïf Justin, en pleine guerre de 14-18, qui se retrouve envoyé sur le front contre les Allemands, alors qu’il ne sait même pas pourquoi il se bat et contre qui. Et on est clairement dans une façon intelligente et novatrice de plonger dans la réflexion suivante : comment les soldats en sont venus à créer des mutineries, des révoltes ?
Le film y répond presque sèchement : parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi ils se battent. Personne ne leur explique. La maxime « C’est la guerre, il faut défendre sa patrie » devient presque du flan tant les motivations sont excessives. Et à ce titre, Alban Ivanov joue divinement bien le simple d’esprit révolté qui est en quête de compréhension.
Un film de guerre solide et étonnamment lisible

La boucle narrative de l’histoire « racontée » est simple, propre et efficace. L’action est lisible, la photographie très intéressante, avec un vrai pastiche de film d’époque. On ne sent pas la limitation des moyens ni l’absence de risques de la mise en scène.
Justin le Juste nous offre des moments drôles — chez les Allemands dans le premier tiers —, des scènes de bravoure intéressantes et d’excellentes joutes verbales. On a un ensemble cohérent et crédible, qui s’éloigne du cachet « film de France Télévisions un peu fauché ».
La tension est également bien amenée dans le dernier tiers mais aurait pu gagner en profondeur en densifiant un exécrable colonel Joyard (Thierry Hancisse), réduit en simple bourreau méchant qui envoie ses soldats à la mort.
La relation entre Justin et Basile (Birane Ba) aurait pu être également mieux exploitée. On met trop le doigt sur le message, sur la dénonciation de ce qu’il se passe, moins sur les liens qui unissent les différents protagonistes. Justin le Juste ne manque pas d’intelligence et de panache, mais peut-être un poil d’humanité.
Un propos intelligent qui manque encore un peu d’humanité

C’est bien, mais pas réellement marquant et grandiloquent. Mention spéciale au scénario qui tient sa ligne : montrer l’envers du décor de ces révoltes pour en comprendre la psychologie derrière.
Cela devient de plus en plus l’angle d’attaque des films sur la guerre : prendre un versant méconnu de l’histoire et en tirer une substantifique moelle, comme disait Rabelais dans son Gargantua, afin d’offrir une lumière sur ce que l’on n’a pas l’habitude de voir.
Un film formidable, ce Justin le Juste, malgré quelques longueurs, qui mérite d’être vu tant il semble boire la tasse au box-office.


