Marty Suprême est inspiré d’une histoire vraie autour de Marty Reisman, joueur de ping-pong. C'est la trajectoire un peu complexe et folle d’un fou de sport un peu trop égocentré qui déambule comme un vagabond de problèmes en problèmes et ne se fixe aucune responsabilité d’adulte. Réalisé par Josh Safdie avec Timothée Chalamet dans le rôle central, on est typiquement dans le genre de truc calibré pour les Oscars : un comédien omniprésent, une photographie très proche des films de Scorsese, et le genre de faux biopic très au goût des votants américains. Le long-métrage avait tout pour se viander la poire mais, bien au contraire, il s’impose comme un film éprouvant, lunaire, mais aussi saisissant de maîtrise et de rythme.
Une expérience sensorielle suffocante

C’est comme un tambour de machine à laver dont vous êtes prisonniers. Un machin trop dynamique, où la bande-son vous agresse les tympans et le montage épileptique cumule les changements de décors à outrance. Seul moment pour respirer un bon coup : les matchs de ping-pong. Mais là encore, la ferveur dynamique des échanges et la performance ahurissante de Timothée Chalamet, en roue libre dans son rôle de fou furieux mégalomaniaque, est suffocante.
Marty Suprême est pensé, écrit et vécu pour le cinéma, pour l’expérience en salles. Il est effectivement rare de voir un tel degré de cinéma éprouvant et sensoriel sur grand écran tout en n'évinçant pas une histoire linéaire derrière. La frontière entre les deux est toujours mince (Gaspard Noé par exemple préfère l’expérience à l’histoire, tout comme Julia Ducournau côté français) ; Josh Safdie, lui, cumule tout cela à la fois.
Les limites du "Pur Cinéma" de A24

En revanche, malgré le côté « Pur cinéma », la production A24 souffre de quelques défauts qui lui amputent largement le qualificatif de chef-d’œuvre. Les seconds rôles font figure de faire-valoir du narratif de Marty Mauser, chacun dans une strate propre pour faire avancer l’histoire ou créer un imbroglio ; d’autres sont simplement utilisés par notre pongiste central. Le montage sonore est aussi très agressif (prévoyez un cinéma de bonne qualité si vous y allez) et le long-métrage fait souvent figure d’attraction insupportable tant on valdingue à droite et à gauche.
Timothée Chalamet : l'Oscar en ligne de mire ?

Le point de bascule reste sans nul doute ce personnage de Marty Mauser : il est à cent pour cent dans la manipulation et l'enfer pour les autres, mais on sent toute cette colère s’expier en fin de film, comme un accomplissement jouissif de son rêve. Il ne fait même pas exprès, à certains moments, de devenir un fardeau pour les autres. En témoigne un moment lunaire mais drôle où il est avec sa copine. Sa « compagne » lui confie ses souffrances, ce à quoi Marty répond : « Non mais tu sais… ma vie est un enfer » (alors qu’il cause lui-même ses problèmes et vient de perdre un match de ping-pong). Une performance qui va largement ouvrir au jeune comédien trentenaire la porte de l’Oscar. C’est en salles depuis le mercredi 18 février 2026.
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