Je suis sorti de la salle avec exactement le même sentiment qu'après une session de deux heures sur un Mario sans sauvegarder, beaucoup de couleurs, beaucoup de bruit, mais absolument rien qui reste. Super Mario Galaxy Le Film est visuellement magnifique, personne ne viendra me contredire, sauf que « magnifique » n'a jamais suffi à faire un film, et côté histoire, il n'y a rien, c'est le néant galactique.
Un scénario en apesanteur

Illumination a fait le choix radical de ne pas s'embarrasser d'un scénario. Il y en a un sur le papier, une trame qui relie le point A au point Z en passant par chaque lettre de l'alphabet Nintendo, mais aucun rebond, aucune surprise, aucun moment où le spectateur se demande ce qui va se passer ensuite, parce qu'on le sait déjà, tout est prévisible et balisé comme un niveau de tutoriel.
La mission est linéaire du premier plan au dernier. Mario et ses compagnons traversent des galaxies comme on coche des cases sur une liste de fan service, et le film ne dévie jamais de sa trajectoire. Aucune tension narrative, ni de dilemme moral, ni même un semblant de rebondissement de milieu du film pour relancer la machine. Cette suite avance en traversant décor sur décor sans jamais proposer un arrêt transcendant.
Bowser, le méchant qu'on a oublié d'écrire
Jack Black faisait des merveilles dans le premier film. Son Bowser cabotinait avec un plaisir communicatif, ses chansons restaient dans toutes les têtes, il portait une partie de l'énergie du long-métrage à lui seul. Ici, Bowser est réduit au rang de caniche cosmique, un méchant secondaire relégué aux marges de son propre plan machiavélique. Il grogne, il menace, il est vaincu, on passe à autre chose sans avoir rien ressenti.

L'introduction de Bowser Jr. ouvrait pourtant une porte narrative que le jeu Super Mario Galaxy avait su entrevoir à travers Harmonie. Qui est la mère de Bowser Jr. ? Quel est le lien entre cette enfant des étoiles et le clan Koopa ? Le film avait là un filon émotionnel en or, la possibilité de donner de l'épaisseur à tout son univers, et il l'a ignoré avec une désinvolture qui confine à l'indifférence. Harmonie apparaît, Brie Larson lui prête sa voix, elle est jolie dans ses galaxies pastel, et c'est à peu près tout ce qu'on peut en dire. Un caméo glorifié au milieu d'un film qui n'est qu'une succession de caméos.
Star Fox : le niveau bonus dont personne n'avait besoin

Je veux bien qu'on fasse plaisir aux fans de Nintendo en glissant des clins d'œil malins et de nostalgie bienvenue, mais le segment Star Fox avec Glen Powell aux commandes d'un Arwing, c'est vingt minutes de film qui auraient pu servir à tisser de l'émotion, un enjeu réel, une problématique qui fait douter que la fin heureuse soit acquise, n'importe quoi, en somme.
Un conflit entre Mario et Luigi. Un flashback sur Harmonie. Une scène où Peach fait autre chose que de sourire bêtement en arrière-plan.

Au lieu de ça, on a droit à une séquence de combat spatial qui emprunte à Star Wars avec la subtilité d'un Bullet Bill lancé à pleine vitesse. Le trailer nous avait prévenus, on parlait déjà de « giga-tambouille », et le terme s'avère presque bienveillant au regard du produit fini.
Zootopie, Matrix, Star Wars : le bingo des emprunts
Vers le deuxième tiers du film, j'ai commencé à compter les emprunts. Une scène de poursuite qui sent Zootopie à plein nez. Un ralenti « bullet time » tellement télégraphié qu'on pourrait le voir arriver depuis la galaxie d'à côté. Un climax spatial qui rejoue la bataille de l'Étoile de la Mort avec des étoiles de puissance à la place des torpilles à protons.

Aucune de ces séquences ne surprend, aucune ne détourne l'inspiration pour en faire une séquence rajeunie, proposant de la nouveauté. On reconnaît, on hoche la tête parce que oui on a, une énième fois reconnu une scène destinée à du fan service pur, parce qu'on nous le sert dans un film sur deux, on attend la suite, qui ne viendra pas, parce que reconnaître la référence, c'est tout ce que le film nous demande.

À ce stade ce n'est plus de l'hommage mais du remplissage. Un film qui n'a rien à raconter emprunte à des films plus parlants, et le résultat est un patchwork clinquant qui ne provoque ni l'émotion d'un Pixar, ni la folie d'un Spider-Verse, ni même le fun débridé que le premier Super Mario Bros offrait encore par moments.
Peach : belle, colorée, puis quoi ?
Anya Taylor-Joy revient en Princesse Peach, et oui, le personnage est visuellement magnifique. Les galaxies qu'elle traverse sont un festival de couleurs, les animations d'une fluidité irréprochable, et Illumination prouve une fois de plus que personne ne peut leur reprocher quoi que ce soit sur le plan technique. Mais que fait Peach dans ce film, concrètement ?

Elle accompagne, elle réagit, elle existe dans le décor sans jamais le transformer. Le premier film lui donnait au moins un arc mais ici, elle est redevenue un trophée que Mario doit escorter, enrobé dans d'un papier cadeau plus joli.
Pour les enfants, et rien que pour eux
À qui s'adresse Super Mario Galaxy ? Aux gamins de 7 ans qui crieront de joie en voyant Yoshi débouler à l'écran ? Mission accomplie, ils seront ravis, et je ne leur en voudrai pas. Aux adultes qui ont grandi avec la Nintendo 64 et la GameCube, qui connaissent par cœur la bande-son de Gusty Garden Galaxy et qui espéraient qu'Illumination utilise le matériau source pour raconter une histoire avec un minimum de substance ? Là, on repassera.

Le premier film avait cette qualité d'être un divertissement familial qui ne prenait personne de haut. Il était simple, mais il avait des arcs, des enjeux, un Bowser mémorable. Cette suite a choisi le pilotage automatique, il est plus grand, plus bruyant, plus référencé mais aussi plus creux, plus prévisible et finalement plus oubliable que son prédécesseur. Un Metacritic à 37 n'est donc pas accidentelle mais justifié, c'est le résultat logique d'un film qui a sciemment décidé de tronquer son histoire au service des paillettes, de l'humour pop-corn, et de l'héritage de son matériau source comme seule suffisance de satisfaction.
Le film écrasera le box-office, c'est acquis. Illumination n'a pas besoin de notre approbation pour vendre des places. Mais quelque part entre les étoiles de puissance et les galaxies multicolores, quelqu'un aurait pu se demander si le plombier le plus célèbre du monde ne méritait pas mieux qu'un parc d'attractions de 90 minutes, joli à regarder et vite oublié en sortant.
