Robert Pattinson défouraille tout dans Primetime de Lance Oppenheim pour A24. Dans les grandes lignes, parce qu’on a déjà abordé le cœur de l’histoire : le film se centre autour de Chris Hansen, présentateur d’une émission télévisée américaine dans les années 2000 intitulée To Catch a Predator.
Elle consiste à piéger des prédateurs sexuels présumés en leur laissant penser qu’ils dialoguent avec des mineurs. Quand vient ensuite le moment de la rencontre, ils sont piégés dans une maison aménagée et truffée de caméras, avant d’être généralement arrêtés par la police. C’est très audacieux de la part d’A24 car le sujet, même s’il a plus de vingt ans maintenant, demeure d’une brûlante actualité. Beaucoup de collectifs se montent en ligne également et certains font de la traque des pédocriminels leur gagne-pain sur les réseaux.
Forcément, l’intérêt pour un tel film est de montrer que le sujet est à la fois très important, tout en montrant également les dérives de l’émission de Chris Hansen, qui a voulu faire dans le plus « gros », plus « fort », plus « massif » avant d’exploser en plein vol. Et toute cette articulation de sujets explose un peu en plein vol malgré l’implication totale de Robert Pattinson, qui mérite vraiment un Oscar. Il est bon de souligner également que le film semble, pour le moment, ne pas plaire au vrai Chris Hansen.
Robert Pattinson vole littéralement la vedette

Parce que Primetime, ça part dans tous les sens, si bien que ça ne va plus nulle part. Le film démarre sur les chapeaux de roue, presque quasiment in medias res, avant de s’effondrer sous le poids de ses propres ambitions.
L’envie mal lunée de Chris Hansen — présenté avec un ego démesuré — de vouloir truster les premières places à la TV sur les canaux importants, le concept même de l’émission, les seconds rôles de l’équipe de tournage, l’ambiguïté très difficile du rôle des « appâts » des pédophiles présumés… On tente plein de choses, souvent avec des empreintes d’auteur qui détruisent un peu le propos.
On est en 2006 et j’ai eu du mal à comprendre la volonté d’A24 de styliser son film façon vieux film pixellisé alors que 2006 commence déjà à être propice aux DVD et aux images plus crédibles. Surtout, on perd presque l’intérêt même de la dénonciation des travers profonds d’une société pour un one-man-show incroyable de Robert Pattinson, qui vole littéralement la vedette. Il faut s’accrocher, on est probablement sur la plus grosse performance d’acteur de l’année.
Un film qui veut trop en faire avec son sujet

En un regard, tout se passe : le dégoût pour les criminels affichés qui va au-delà du rejet. Pattinson joue un Chris Hansen presque fasciné par la morbidité de ces gens avant, par pur sadisme, de vouloir les exécuter sur un canal public.
C’est très intelligent dans sa dénonciation, mais la réalisation semble vouloir se prendre un peu trop au sérieux. Résultat : ça va partir dans la métaphorique à outrance, là où un film plus terre-à-terre aurait pu beaucoup mieux se débrouiller.


