Brad Pitt s’écrase dans la forêt, erre avec son chien Odin dans Heart of the Beast et tente de rejoindre la civilisation. Belle et Sébastien et L’Appel de la forêt ont fusionné pour signer cet étrange objet filmique à mi-chemin entre un survival tout doux, une bromance canine et un long-métrage ésotérique façon Terrence Malick.
C’est un peu du kamoulox, cette proposition de David Ayer, parce qu’elle est parsemée de nombreuses carences et oxymores qui viennent flinguer le propos. Beau ? Oui, ça l’est. Le film a coûté la modique somme d’environ 80 millions de dollars et ça se voit dans l’utilisation faite des magnifiques décors censés représenter l’Alaska, mais en réalité tournés en Nouvelle-Zélande. Mis à part un dialogue avec un personnage fusible joué par J.K. Simmons, on aurait presque pu requalifier ce film comme un vlog de Brad Pitt et son chien sur le GR20 en Corse.
Deux visions qui semblent constamment se battre

Parce qu’on sent tellement que ce film a été morcelé et ciselé autour de deux visions antinomiques : d’un côté, celle de David Ayer, qui voulait un survival un peu plus tendu — on sent notamment que les scènes de l’ours et des loups auraient pu être davantage exploitées — et Brad Pitt, qui voulait vraiment cette bromance contemplative entre son soldat et le chien.
Selon les informations autour de la production, Paramount aurait finalement privilégié le montage de David Ayer, tout en incorporant de nombreuses idées de Brad Pitt. À l’écran, pourtant, on est plutôt sur du 30-70 % en termes d’emprunt tant la dimension contemplative semble avoir pris le dessus.
Le pauvre David Ayer est donc encore condamné, après Suicide Squad, à voir sa vision initiale se confronter aux machineries de studios. Heart of the Beast ne raconte finalement pas grand-chose et aurait probablement dû sortir sur Netflix en direct-to-VOD. C’est bête parce que ce n’est pas si mal fait et l’histoire fonctionne bien, mais rien ne justifie de la placer au-dessus d’un autre survival du même acabit qui essaye le think different.
Beau, sympathique, mais aussitôt consommé, aussitôt oublié

C’est très long, décousu, aucun moment de tension ne vient réellement accoucher de quelque chose et la fin en est limite trop tire-larmes.
Surtout, le film commence à pointer une problématique claire à Hollywood : vouloir raconter des sujets très niche — en l’occurrence ici les chiens de guerre — mais sous un versant où il n’y a rien à dire. Oui, la relation entre Brad et Odin est mignonne, oui, le film est sympathique pour s’endormir le dimanche noir, mais non, raconter tout ça n’est pas suffisant pour tirer du positif de l’ensemble.
Restent des effets spéciaux assez moyens — hommage tout particulier aux visions de la guerre du passé, présentées comme des cinématiques de Call of Duty — et notamment une fracture ouverte un peu moche. Un ours aussi bien moins terrifiant et bien fait que dans The Revenant. Anecdotique, pas mauvais mais aussitôt consommé, aussitôt oublié.






