Faire rire est un exercice périlleux. Soit il faut aller dans le burlesque, soit avoir une écriture à couper au couteau : jouer sur la gêne, un enchevêtrement de situations qui génère le malaise avant de prêter à sourire. A fortiori, on pouvait s’attendre avec Jérémy Ferrari à un niveau d’écriture assez conséquent pour son tout premier long-métrage en tant que dialoguiste et réalisateur — du même acabit que la qualité de ses analyses et de ses spectacles. Les K’Dor le met en scène dans le rôle du « fiston supposé » du Colonel Kadhafi, chargé de récupérer une otage aux mains d’un groupe terroriste dans le désert du Sahara contre une rançon. Il s’entoure alors d’une racaille des cités qui est supposée connaître le chef terroriste (Laura Felpin) et d’un malvoyant (Eric Judor) servant de prétexte pour lancer un marathon autour du handicap, avant de pivoter dans les bas-fonds du désert.
Un humour noir qui tombe à plat

Les K’Dor, c’est la nullité absolue des Nouvelles Aventures d’Aladin, sans la discrimination décomplexée du film d’Arthur Benzaquen. C’est de l’humour noir qui s’assume, sauf qu’il ne fait pas rire. On pourrait résumer la totalité du projet à cela. Le trio de personnages n’est jamais drôle, à l’exception d’Eric Judor qui parvient à arracher quelques sourires, tandis que Jérémy Ferrari traverse son propre film comme un fantôme : monolithique, silencieux, anormalement discret. Il prend tout trop au sérieux, ce qui crée une dissonance détruisant la crédibilité de l’ensemble. Pire encore, l’écriture est faible : les jurons tombent à tout va, les blagues sur le handicap n’ont aucune subtilité et pourraient avoir été écrites par Fabien Onteniente. Le film souffre également d'un sérieux problème de montage et d'un manque latent de rythme où rien ne semble fonctionner.
Un gâchis de talents bruts

L’intrigue avance de façon désabusée ; tout semble mis en œuvre pour forcer la blague, quitte à être indigeste. Sur la centaine de vannes présentes durant les 90 minutes, seules 15 % fonctionnent réellement. Et quand on a la chance de pouvoir s’appuyer sur des talents bruts de l’humour comme Eric Judor ou Fred Testot, il est triste de les voir aussi mal utilisés. Il y a donc un vrai problème dans la direction des comédiens. Ni subversif, ni drôle, mais très consensuel, le film a un petit cachet "navet à la Atoman", le genre de contenu qui aurait pu arriver directement sur Prime Video tant il est d'un vide abyssal.
Passez votre chemin et ne payez pas 13 euros pour ce film. Gardez votre argent pour Le Projet Dernière Chance, voire pour Alter Ego avec Laurent Lafitte qui est très fin et drôle. Les K’Dor est en salles de cinéma depuis le 11 mars 2026.
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