De plus en plus de films adoptent la technique de duplication d'un personnage. C’est fun, et cela demande un vrai talent en termes d’effets spéciaux et de gestion de la mise en scène, surtout quand les deux « doubles » interagissent ensemble. Michael B. Jordan est d'ailleurs nommé aux Oscars grâce à sa performance dans Sinners, mais on se souvient tous également de Tom Hardy dans Legend (2015). Même les comédiens français s’adonnent à ce duplicata de leur personne : que ce soit Virginie Efira dans le très réussi L’Amour et les Forêts (2023) ou Christian Clavier, avec moins de succès (dans Le Million ou prochainement dans Cocorico 2), la pratique est désormais monnaie courante.
Quand c’est mal utilisé, c’est superflu ; quand c’est bien calibré, toute une narration peut venir se poser dessus. C’est le cas d'Alter Ego : un mec lambda chauve, appelé Alex, voit débarquer dans sa vie un sosie qui est cent fois mieux que lui en tous points : plus belle femme, meilleur job et, surtout, des cheveux. Ce nouveau venu s’appelle Axel. Le pauvre Alex devient fou parce que personne ne veut se rendre compte, comme lui, que ce nouveau voisin est son double.
Un vaudeville cinématographique porté par Laurent Lafitte

C’est cynique, fou et ébouriffant de drôlerie, tant Laurent Lafitte s’en donne à cœur joie dans son double rôle. Le film met cependant un long moment à démarrer, se contentant de se reposer sur du comique de répétition. C’est en revanche une solide proposition d’humour : jamais avare de renouvellements, de situations rocambolesques et de punchlines bien senties. En revanche, on ne sent jamais la mayonnaise monter tant le gentil voisin vient désamorcer toute méfiance à son égard. C’est pour cela que le twist, intervenant dans le dernier tiers, est extrêmement savoureux. Le film surprend d’un coup et gagne en dynamisme comme en appréhension.
Alter Ego s'apparente à un vaudeville à échelle cinématographique. Avec peu d’éléments de décor et une singularité bienvenue dans son approche presque méta sur la confiance en soi, c'est un film à la fois drôle et conceptuel sur l’entretien d’un mystère narratif. On sous-entend plein de choses, mais on ne creuse jamais jusqu’au climax, afin de créer des situations drôles et souvent embarrassantes. Jamais personne ne tombe dans le surdosage humoristique, ce qui rend cette comédie noire et acerbe assez atypique, surtout avec sa fin lunaire et complètement loufoque.
Une réflexion acerbe sur l'estime de soi

Le récit est également assez réflexif sur l’estime que l’on se porte. Le personnage souffre d’un complexe d’infériorité qui repose sur des situations quotidiennes : le travail, la maison, la vie sociale... Des contextes conventionnels qui déclenchent facilement le rire, malgré une fâcheuse tendance à afficher un rythme presque plat durant la première heure.
Malgré tout, cette petite pépite fait du bien au milieu de toutes les comédies franchouillardes avec Christian Clavier qui ne valent pas un clou. Alter Ego est en salles depuis le 4 mars 2026.
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