Passé le fracas de la Bataille du Gosier, ce deuxième épisode ralentit, resserre sur les visages et vise clairement le grand drame politique. Par moments, il y arrive. Mais en le revoyant à froid, deux choses me restent en travers de la gorge, une scène qui n'avait aucune raison d'exister et un rapport de plus en plus lâche avec le roman de George R.R. Martin. Une partie de la critique a tiqué sur les mêmes points, et cette fois, je la rejoins.
L'épisode 2

Après la victoire au goût amer du Gosier, l'épisode s'ouvre sur le deuil. Le corps de Jacaerys est ramené à Peyredragon, Rhaenyra s'effondre devant son fils sans vie. On gagne la bataille, on perd un héritier, et la série n'oublie jamais de rappeler que dans cette guerre, la victoire n'est qu'une illusion de plus. Ceux qui avaient encaissé le carnage de la Bataille du Gosier savaient que l'addition allait être sévère.
Ensuite, à Harrenhal, Aemond débarque sur Vhagar et réduit la garnison en cendres, Simon Strong et ses fils compris, avant de prendre une lame dans un défaut de son armure. Il termine grièvement blessé, entre les mains d'Alys Rivers, dans un cliffhanger plutôt bien réussi. Pendant ce temps, Port-Réal tombe. Rhaenyra fait valoir sa revendication, décapite elle-même Otto Hightower et rejoint le Trône de Fer en larmes. Sur le papier, il y a de quoi tenir un épisode marquant. Le problème se niche doncdans l'exécution.
Emma D'Arcy sauve les meubles

La vraie réussite de l'épisode tient sur les épaules de la protagoniste. En quelques plans, D'Arcy fait passer Rhaenyra du deuil à la froideur du pouvoir, puis à la culpabilité d'une reine qui décroche son rêve et son cauchemar dans le même acte. La scène du trône repose presque entièrement sur son visage, elle porte à elle seule tout le poids politique de la séquence. Même les critiques les plus sévères sur cet épisode saluent unanimement sa performance, et sur ce point, il n'y a rien à redire. Larys et Aegon offrent l'autre bon moment, plus intime et presque drôle. Le souci vient de tout ce qui entoure ces réussites.
La scène de trop sur Alicent

Parlons de ce qui coince vraiment. L'épisode inflige à Alicent une scène d'agression sexuelle dont on cherche encore la justification narrative. Elle n'apporte rien à son arc, n'apporte rien non plus au personnage, et sert au mieux de prétexte pour cocher une case de brutalité histoire de cadrer à la franchise "Game of Thrones".Le site Winter is Coming l'a d'ailleurs qualifiée de gratuite, et je suis d'accord sans réserve.
La série avait déjà prouvé qu'elle savait filmer la violence faite aux femmes avec un vrai propos, là elle retombe dans le travers qu'on reprochait aux pires heures de Game of Thrones. Une fausse note de ce calibre plombe un épisode par ailleurs ambitieux, elle met en exergue une écriture qui confond parfois choc et profondeur.
HBO s'éloigne trop du roman
L'autre problème est plus profond, il grossit d'épisode en épisode. La série prend avec Feu et Sang des libertés qui ne sont plus des ajustements, mais des réécritures. La mort d'Otto Hightower en est l'exemple le plus net. Dans le livre, il est exécuté, mais l'identité de celui qui abat la lame n'est jamais précisée. La série fait trancher la tête par Rhaenyra en personne. L'intention se comprend, marquer sa bascule de prétendante à reine, sauf qu'une souveraine qui joue elle-même du billot brouille son autorité au lieu de l'asseoir.

La prise de Port-Réal souffre du même excès. Dans le roman, Alicent fait fermer les portes et Rhaenyra s'empare de la ville par la manœuvre militaire, avec des Manteaux d'or qui se retournent par loyauté envers Daemon. La série préfère une Alicent qui organise la reddition et ouvre elle-même les portes, ce qui vide la conquête de sa tension. Gwayne Hightower, tué dans le livre par Ser Luthor Largent, disparaît du tableau pour rester utilisable plus tard. Et la Bataille de Lakeshore, l'un des affrontements majeurs du récit, passe carrément à la trappe. Ajoutez l'arc entièrement inventé d'Alys Rivers avec les frères Targaryen, et on obtient un épisode qui ne s'inspire plus du roman, il le contourne carrément.
Ces choix prolongent une tension déjà installée entre le studio et l'auteur, qu'on avait relatée quand HBO a défendu Ryan Condal face à un George R.R. Martin remonté. Pour mesurer ce que la série sacrifie au passage, notre plongée dans l'autodestruction de la dynastie Targaryen rappelle à quel point la mécanique du livre reposait sur des engrenages précis, que la série démonte un à un.
Notre verdict

Il reste de belles choses dans cet épisode 2, une performance magistrale d'Emma D'Arcy, des images soignées, un cliffhanger efficace sur Aemond. Mais une scène gratuite sur Alicent et une réécriture de plus en plus cavalière du roman laissent un goût amer que le spectacle ne suffit pas à effacer. Je ne suis pas seul à le penser. Forbes, qui a pourtant préféré ce chapitre à la première, regrette un manque d'attachement émotionnel après la bataille, l'absence des jeunes fils de Rhaenyra et le retour appuyé d'une prophétie qui alourdit le récit. Winter is Coming va plus loin avec un C+ et parle d'un épisode décevant malgré ses images. La presse française reste plus indulgente, mais sur ce coup, je penche clairement du côté des sceptiques.
La série garde les moyens de se rattraper sur la seconde moitié de saison, à condition de resserrer son écriture et d'arrêter de sabrer dans le matériau d'origine. On en reparle après l'épisode 3. En attendant, dites-nous si ces écarts avec le livre vous dérangent autant que nous, ou si vous laissez la série filer sa propre route.
