Cette semaine du 9 septembre 2026, deux films sur la Seconde Guerre mondiale sont sortis dans nos salles de cinéma françaises : le très verbeux Pressure, qui était sympathique sans pour autant avoir eu le mérite de nous emporter dans son bulletin météo grandeur nature pour le Jour J… Puis un film plus intimiste du cinéaste Élie Chouraqui, sur une famille qui fuit l’arrivée des nazis à Paris en faisant évacuer bon nombre d’œuvres d’art du Louvre.
Le pitch était très alléchant parce que je suis fan de ce côté de l’histoire dont presque personne ne parle. Je fais allusion, évidemment, à ces civils qui ont mis leur vie en péril pour sauvegarder, dissimuler et protéger nos œuvres d’art de l’Allemagne nazie. Parce que les œuvres d’art, c’est aussi notre histoire.
Selon mes souvenirs, seul Monuments Men de George Clooney, en 2014, abordait cette thématique, pas toujours avec finesse. Néanmoins, je retiens une phrase du personnage de Frank Stokes (George Clooney) et qui va particulièrement résonner avec Les Héros du Louvre : « On peut exterminer toute une génération, raser les maisons des gens, ils les bâtiront de nouveau. Mais si vous détruisez leur histoire, leur mémoire, c’est comme s’ils n’avaient jamais existé ».
Une histoire passionnante reléguée au second plan

Les Héros du Louvre raconte l’histoire de la famille Benhamou, qui part transférer les œuvres du Louvre depuis Paris jusqu’à des châteaux de la zone libre, puis Pau. Et ça, c’est environ 30 minutes du film sur les 105. Ils arrivent à destination, les œuvres sont emmurées dans le plus grand des secrets, puis s’ensuit le quotidien d’une famille juive sous l’Occupation.
Problème : le film ne vend pas ce pour quoi nous étions venus à la base. Les œuvres d’art ne sont qu’un segment de sous-intrigue et donnent lieu à quelques débats et situations chez les personnages qui ne vont pas être exploités en profondeur. Mais le plus gros problème du film reste avant tout la réalisation.
Shaky-cam omniprésente, des plans coupés très rapidement qui n’ont pas tous la même colorimétrie ni le même filtrage — certains plans ont l’air d’être étouffés par une fumée, d’autres jonglent mal avec les couleurs et le contraste —, des choix artistiques douteux qui rendent l’action illisible, comme le passage de plusieurs motards dans le tunnel au début. On a également des espèces de ralentis à la Gladiator complètement hallucinés.
Bref, c’est un très beau bordel visuel. On ne voit rien, on ne prend pas le temps d’installer l’action et de la contempler, typiquement comme la jolie scène où ils ramassent la Joconde. On veut aller trop vite, de manière trop hachée. Résultat : on sort de ce film avec la sensation d’avoir vu 2 h 30 de remplissage, et un léger malaise tant la caméra semble perchée sur un grand huit.
Un propos juste plombé par une réalisation beaucoup trop nerveuse

Et c’est bien dommage, car cela vient dégrossir en négatif le propos et on sent que les scénaristes avaient un paquet de choses à dire. Mais il fallait être moins nerveux et prendre le temps de choisir un seul angle. Cela aurait pu permettre au film de se démarquer tant il propose malgré tout certains jolis moments de singularité, bien aidé par un Kad Merad et un casting qui donnent du cœur à l’ouvrage.
En résulte donc Les Héros du Louvre : un film d’époque trop imparfait, assez catastrophique dans sa façon d’être, mais assez juste dans son propos malgré la mini-tromperie du départ. Pas assez transcendant, en revanche, pour venir marquer les esprits — et ça, c’est bête.


