En 1938, Meursault, modeste employé, enterre sa mère à Alger. Mais le bougre ne montre aucune émotion. Il erre comme une âme en peine, jamais introduit pleinement dans la société. Il ne montre aucune émotion distincte, il n’en a presque pas grand-chose à cirer d’exister.
Alors il vaque d’endroits en endroits, s’éprend d’une femme mais ne semble pas transcendé par sa propre existence. Telle est l’histoire de ce célébrissime roman d’Albert Camus, difficilement adaptable tant c’est lent. Il faut savoir saisir cette lourdeur narrative pour en tirer un second souffle, un intérêt, une plus-value dans la dénonciation de la société que le roman, puis le film, mettent en place.
Meursault s’exclame notamment en fin de film : “La société veut me condamner parce que je n’ai pas pleuré à l’enterrement de ma mère”, et c’est là tout l’enjeu de l’œuvre. Le film de François Ozon est reparti un peu bredouille des différentes cérémonies dans lesquelles il figurait, ne s’octroyant qu’une récompense pour Pierre Lottin (César du meilleur second rôle) et des récompenses aux Lumières pour Benjamin Voisin (Meursault), la meilleure image et le meilleur film.
Une adaptation très propre de Camus

François Ozon livre un très beau film. Très propre et personnel. Moins conventionnel que Quand vient l’automne, il nous propulse dans un Alger des années 30 convenablement retranscrit, avec un choix justifié du noir et blanc et un éclairage qui accompagne bien l’action.
C’est lisible, c’est propre, peut-être même un peu trop. Il n’y a pas d’envolées lyriques au niveau de la réalisation, c’est du boulot bien fait. En somme, une réal’ classique pour un film qui l’est tout autant.
Benjamin Voisin explose en fin de film

Il est souvent compliqué de parler d’une adaptation, et encore plus de L’Étranger, qui consiste à voir son personnage central nous offrir ses pérégrinations un peu ennuyantes sur une grosse partie du film. C’est à partir du meurtre que ça s’emballe, que la cabale judiciaire prend forme, qu’on voit encore plus que Meursault n’a rien à faire dans cette société qu’il méprise sans dire.
Le long-métrage tient son apogée dans un final minimaliste, mais où le jeu de Benjamin Voisin nous explose à la figure comme une cuvette qui déborde. Façon Monte-Cristo, le comédien de 29 ans exploite bien le filon taciturne du personnage avant de nous balancer son mal-être en pleine face en fin de film, tout en s’en prenant physiquement à l’aumônier venu le voir (Swann Arlaud).
Le pragmatisme face au dogmatisme religieux, ça a toujours été un canevas utilisé par Albert Camus. Et c’est ici plutôt bien exécuté par François Ozon.
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