2026 est donc, à n’en pas douter, l’avènement d’une toute nouvelle génération de cinéastes, souvent jeunes, qui ont bien l’intention de se faire les dents dans le monde de l’industrie du cinéma. Les États-Unis ont eu Kane Parsons avec Backrooms et Curry Barker avec Obsession, qui ont tous les deux écrasé le box-office tout en remportant de solides succès critiques. Le premier approche désormais les 400 millions de dollars de recettes mondiales, tandis que le second a dépassé les 495 millions avec un budget microscopique.
Nous, on a Armand Foëx et Clément Devilliers. Produit avec très peu de menue monnaie — environ 200 000 euros —, Un Grand Raccourci est leur premier long-métrage, sorti dans les salles françaises le 12 août 2026.
On est sur une histoire toute simple : quatre jeunes gens aux trajectoires de vie différentes vont essayer de s’acclimater à une société pas très joyeuse en laissant libre cours à leurs rêves. Ou s’improvisent dans des trajectoires professionnelles qui ne leur ressemblent pas. Et si on gratte derrière le vernis assez classique du projet, on y découvre un audacieux message sur la jeunesse paumée d’aujourd’hui. Celle qui veut réussir, voit les autres réussir et veut singer les succès d’autrui.
Quatre jeunes qui cherchent leur grand raccourci

Le plus représentatif reste le duo entre Louise, incarnée par Sara Montpetit, et Maeva, jouée par Louise Labèque.
La seconde pilote la première dans un concours de Miss en mode agente de stars. Elle se donne un style alors qu’elle n’a aucune crédibilité dans le domaine et espère surtout profiter du concours pour promouvoir ses bijoux. Pour le binôme de personnages masculins, Corentin (Jules Porier) et Grégoire (François Le Bris), c’est un peu semblable, même si le second cité est celui qui a un peu plus la tête sur les épaules.
Les deux cousins tentent de sauver le restaurant familial, avec notamment la brillante idée de Corentin de se lancer dans la dératisation… en relâchant lui-même des rats à proximité de ses futurs clients. Un Grand Raccourci fonctionne parce qu’il est honnête, sans fioritures et ne va pas travestir la réalité pour des besoins de fiction. On a l’impression de voir un docu-fiction de quatre jeunes qui tentent tant bien que mal de se faire une place. Pas une place qu’on se prédestine à avoir par la voie professionnelle classique, mais celle qui est façonnée par une image très idéalisée de la réussite, à l’heure où pullulent les success stories de créateurs de contenus. Et c’est là que le film vise assez juste.
Avec 200 000 euros, on peut quand même faire du cinéma

J’ai même été agréablement surpris par la qualité du scénario, qui aurait pu vite se perdre avec ses différentes trajectoires et ses changements de ton.
En ce sens, la scène « d’enterrement » m’a provoqué un sacré éclat de rire comme peu de films ces derniers temps ont réussi à le faire. Parce que, tout en sobriété, ce jeune film arrive à viser juste dans ses intentions et nous prouve une chose : quand on n’a pas beaucoup de sous, on peut quand même être ingénieux.
Et cette économie de moyens fait même partie de l’ADN du projet : Armand Foëx et Clément Devilliers, amis depuis le collège, ont construit ce premier long-métrage hors des circuits classiques après plusieurs courts-métrages réalisés ensemble. Prenez une caméra, ayez un rêve et partez vous aussi à l’aventure. En attendant, donnez de la force à Un Grand Raccourci, timidement distribué, qui en a bien besoin.
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