L'avènement des YouTubeurs et des concepts originaux au box-office

On peut d’ores et déjà le réassurer : 2026 n’a rien à voir avec 2025 en termes de success-stories pour les films au box-office américain, international et français. Beaucoup de projets intimistes arrivent à sortir de nulle part, à s’affranchir de toutes suites ou franchises et à proposer des dingueries. On peut de suite penser au Projet Dernière Chance de Phil Lord et Chris Miller et ses 677 millions de dollars au box-office, ou encore à l’énorme réussite d’Obsession de Curry Barker. En plus d’être d’une intelligence rare et efficace dans sa gestion du malaise et de l’angoisse — le film a encaissé 114 millions de dollars au box-office pour seulement 750.000 dollars de budget. Petit à petit, on se rend compte que les YouTubeurs et les jeunes issus de la génération Z peuvent faire de formidables cinéastes. Les Frères Philippou ont initié le truc avec La Main (2022) puis Substitution (2025). Curry Barker a lancé son Obsession dans le grand bain, puis est arrivé Kane Parsons avec Backrooms. La creepypasta phénomène a donc eu son spécialiste (Parsons a déjà réalisé une série web sur le sujet). 10 millions de dollars de budget, Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve sous sa direction : et ça donne un film arrivé ce week-end aux États-Unis, en attendant sa sortie le 17 Juin sur notre territoire.
Le thriller psychologique produit par la nouvelle maison des bonnes idées (A24) fait un énorme démarrage au box-office US avec 81 millions de dollars pour son premier week-end d’exploitation — là où les prévisions tablaient plutôt sur un lancement entre 40 et 50 millions de dollars. Dans le monde, Backrooms cumule déjà 118 millions de dollars de recettes. Pour rappel, l'histoire suit un patient (Chiwetel Ejiofor) qui révèle à sa thérapeute (Renate Reinsve) avoir découvert une dimension cachée au-delà de la réalité. Lorsqu'il disparaît mystérieusement, sa thérapeute se lance à sa recherche dans cet univers inconnu. Ce démarrage stratosphérique propulse Backrooms à la première place du box-office et il détient officiellement le record absolu pour A24 sur trois jours, devant les 25.5 millions du Civil War d’Alex Garland. Obsession est, de son côté, deuxième du classement et ne cesse de se maintenir — rendant la performance encore plus folle.
Le triomphe de Jason Blum et la chute fatale du Mandalorien
Derrière ce double coup intelligent en miroir, on retrouve Jason Blum, qui a enfin décidé de produire des concepts aboutis, avec une vision d’auteur certaine et non pas des trucs édulcorés. Voici ce qu’il a déclaré sur ses réseaux sociaux : "Blumhouse-Atomic Monster possède les films numéro 1 et numéro 2 du pays ce week-end, tous deux réalisés avec presque rien. Les salles sont pleines. Quelle époque pour faire des films d'horreur."
Il faut une victime à ces deux success-stories et ce sera inéluctablement The Mandalorian & Grogu. Pour son second week-end, le film chute de plus de 70 % et encaisse 25 millions, après son premier long week-end du Memorial Day qui lui avait permis d’émarger juste en dessous des 110 millions. Pour l’instant, le film encaisse une timide somme de 200 millions dans le monde — et a encore fort à faire. Deux films d’horreur d’auteur faits par des YouTubeurs ? La tendance est nette : faites des films, tout est possible !
Le cinéma change (et c'est tant mieux)

Ce succès veut dire énormément de choses pour la conjoncture du cinéma d'aujourd'hui. On peut s'emparer d'un sujet fort et l'exploiter convenablement avec peu de budget, si l'angle utilisé est audacieux et novateur. Curry Barker l'a montré : On peut faire du neuf avec pas grand chose et terroriser de façon maligne. Backrooms le fait également tant les premiers retours parlent d'un film singulier, explorant l'horreur de façon métaphysique et grandiose - loin des standards des films d'épouvante où sont exhibés des entités malfaisantes qu'on a trop l'habitude de voir depuis l'Exorciste de William Friedkin. On peut terroriser avec le quotidien : la santé mentale, sa copine et même la voiture (On peut également parler d'André Ovredal avec Passenger). Le fait que Backrooms et Obsession matent The Mandalorian et Grogu n'a rien d'anodin : c'est le symptôme le plus représentatif d'un cinéma grand public qui peine clairement à se renouveler - et qui n'intéresse plus personne.
Le public prouve malgré tout que lorsqu'on lui propose du neuf, ça remplit les salles et ça fait un succès monstre. Preuve qu'il existe bien des possibilités de dépoussiérer différents genres cinématographiques et de mettre K.O les grosses firmes et leurs sagas. D'une certaine façon, 2026 est un magnifique pied-de-nez aux pessimistes qui pensaient à tort que le covid allait promouvoir le streaming et tuer les cinémas. Ils ont eu tort, alors que se profile le bal des blockbusters et des expériences immersives calibrées seulement pour le grand écran : le Disclosure Day de Spielberg, l'Odyssée ou Dune 3 et Avengers : Doomsday en fin d'année. Pour rappel, Backrooms sort en France le 17 Juin 2026. D'ici là, essayez de vous prémunir des spoilers car il circule déjà par morceaux sur Tiktok.







