Murderbot est la série de science-fiction la plus drôle qu'Apple ait diffusée, une vraie petitedinguerie, même si une bonne partie de la presse française l'a jugée de haut. Plus d'un an après la fin de sa première saison, elle n'a obtenu que trois nominations techniques aux Emmys 2026, pour son générique, la musique de ce générique et son montage son. Apple a pourtant fini devant HBO au palmarès des Emmys 2026 pour la première fois, porté par la comédie horrifique Widow's Bay.

La série a pu se consoler en août avec le prix Hugo de la meilleure présentation dramatique courte, remporté par l'épisode « All Systems Red » réalisé par Roseanne Liang, Alexander Skarsgård, tête d’affiche,avait déjà décroché une nomination aux Critics' Choice Awards.
Adaptée par Chris et Paul Weitz de Journal d'un AssaSynth, la saga de romans courts de Martha Wells, la série suit un androïde de sécurité mi-organique, mi-machine, qui a piraté le module censé le contrôler. Libre, il pourrait massacrer tout le monde, mais il préfère regarder The Rise and Fall of Sanctuary Moon, un feuilleton spatial au kitsch soigné où passent John Cho, Clark Gregg et Jack McBrayer.
Entre deux épisodes, il protège sans enthousiasme une équipe de scientifiques de Preservation, une société libre installée hors de l'emprise des grandes corporations, qui l'a loué avec le contrat d'assurance de sa mission. Skarsgård lui prête son visage de marbre et sa voix off, face à Noma Dumezweni en Mensah et à David Dastmalchian en Gurathin, l'humain augmenté qui se méfie de la machine. La saison de compose donc de dix épisodes de 22 à 34 minutes.
Pourquoi Murderbot se moque des humains de Preservation

Les humains de Preservation sont la meilleure idée de l'adaptation, la plus mal comprise de manière générale. Ayda Mensah, présidente de leur Alliance, dirige une équipe qui discute de tout et qui tient à ce que la SecUnit se sente accueillie, alors que le robot ne demande qu'une chose, qu'on lui foute la paix. Arada, Pin-Lee et Ratthi formalisent leur relation à trois par un contrat en bonne et due forme, signé à l'empreinte du pouce, avant de découvrir que la jalousie b’est pas question de contrat.
La série fonctionne parce que Murderbot est, au fond, l'humain de 2005 qui regarde celui de 2025. Il veut rentrer chez lui et enchaîner les épisodes de sa série doudou sans que personne ne lui demande comment il se sent, si bien qu'il vit chaque tentative de dialogue comme une agression. Le spectateur se range de son côté dès les premières minutes. Skarsgård joue ce malaise avec une précision de mime, le regard qui fuit celui des autres, pendant que sa voix off décrit les manies de ses compagnons comme on commenterait une émission de téléréalité.m bien barbante.

Le feuilleton que Murderbot revoit en boucle a tout du space opera des années 2000, avec ses uniformes trop propres et ses dialogues trop écrits, de la parodie de star trek franchement rafraîchissant me à notre époque. Le robot n'a rien du spectateur de 2025 chaque news de la semaine. Il a plutôt le profil de celui qui louait sa cassette et qui laissait sonner le téléphone et qui ne comprend toujours pas pourquoi tout le monde veut désormais parler de ce qu'il ressent.

En VO, Murderbot est « it », le pronom des objets et « Ça », que Martha Wells a choisi parce que sa créature n'a ni sexe ni envie d'en avoir un. Les romans publiés en France par L'Atalante l'ont traduit par « iel ». La série ne se range derrière aucune de ces cases. Gurathin emploie « it » pour rabaisser la machine, les autres s'entortillent pour la traiter en personne, le principal intéressé se moque bien de la façon dont on le désigne, pourvu qu'on le laisse tranquille.
L'un des rares héros agenres de la télévision est aussi celui que les rituels identitaires de ses humains épuisent le plus. Une partie des lecteurs de Martha Wells a moins apprécié la blague. Le site Autostraddle décrit l'équipe comme une « bande de hippies queers », note que la série penche vers la comédie bien plus que les romans et conclut qu'elle n'était pas à son goût. Ce reproche désigne pour moi la plus grande qualité de l'adaptation. Les Weitz ont compris qu'une satire ne tient que si tout le monde en prend pour son grade, le robot accro à son soap comme les scientifiques qui contractualisent leurs sentiments.
Murderbot vaut-il le coup ? Ce qu'en disent la presse et le public

Sur Rotten Tomatoes, la première saison affiche 95 % de critiques positives sur 82 avis, le consensus salue l'humour pince-sans-rire de Skarsgård. Metacritic se montre plus mesuré avec 70 sur 100. Le public suit un cran en dessous, à 82 % d'avis favorables sur Rotten Tomatoes et 3,6 sur 5 sur AlloCiné (435 notes), pour une moyenne presse de 3,7. L'écart rappelle celui que nous avions relevé pour la saison 3 de Silo, saluée par les critiques et plus froidement accueillie par les abonnés.
En France, le fossé est plus large. Le Journal du Geek lui a mis 8 sur 10 et parle d'un « thriller haletant et addictif ». Écran Large n'y voit au contraire qu'une comédie qui arrache « un léger sourire de temps en temps », au ton « tout juste gentillet et monotone ». Le site juge aussi ses décors minimalistes, réduits à un désert gris et à une faune sommaire, et ne sauve que le casting, à commencer par Noma Dumezweni, qui vole la vedette à Skarsgård.

Je ne partage pas ce verdict. Déjà parce qu ‘à Geekslands on a encore une âme, et que l’on à pas pris l’habitude de tout démonter par gratuité et besoin viscéral, et ensuite parce que le module d'habitation et les paysages tournés en Ontario forment une direction artistique cohérente, loin du vernis numérique uniforme de tant de productions SF. Le design de la SecUnit a d'ailleurs valu à Tommy Arnold un prix de la Concept Art Association. La série n'a pas le budget de Foundation et ne cherche pas à s’en cacher, elle compense par des cadres soignés et des couleurs qui tranchent avec le gris métallisé du genre.
Le format joue aussi en sa faveur. Dix épisodes de 22 à 34 minutes, soit moins de cinq heures au total, se regardent en deux soirées, chaque épisode a sa menace et deux ou trois répliques de voix off qui font mouche. Le Journal du Geek reproche justement à la série d'être trop compressée, au point de ne plus savoir où donner de la tête. J'y vois l'inverse. Quand les plateformes étirent six heures de récit sur des épisodes d'une heure, Murderbot va à l'essentiel et laisse l'envie de la suite.
Murderbot saison 2 : ce qu'on sait de la suite
Apple a renouvelé la série dès juillet 2025, la deuxième saison a quitté les plaines de Toronto pour l'Europe, avec un tournage à Madrid. Elle adaptera les trois romans suivants, Schémas artificiels, Cheval de Troie et Stratégie de sortie, dans une veine plus cyberpunk. Le casting s'est étoffé en août avec Steve Buscemi, Michael Sheen, Wanda Sykes, Bridget Everett et Tramell Tillman. Chris et Paul Weitz restent aux commandes, avec David S. Goyer, l'homme qui a lancé Foundation, toujours à la production exécutive. Aucune date n'a été annoncée, la diffusion est attendue pour 2027.

Les Weitz ont aussi promis des épisodes plus longs, et c'est ma seule inquiétude. La saison 1 fonctionnait par sa légèreté, alors qu'un Murderbot à rallonge risquerait de ressembler aux séries SF sérieuses que la plateforme aligne déjà, de Silo à l'adaptation de Neuromancer. Le sel de la série vient de ce robot qui trouve les humains fatigants et le commente tout du long, il faudra le préserver quand l'aventure deviendra plus sombre.
La première saison est disponible en intégralité sur Apple TV, ainsi que pour les les abonnés Canal+ Ciné Séries et Canal+ La Totale qui l’ont également sans surcoût.
