Des faux plans-séquences de Sam Mendes aux productions de Netflix et d'Apple, ce classement parcourt les deux guerres mondiales à travers des œuvres sorties depuis 2016. Il les ordonne selon deux critères de même poids, la justesse historique et l'immersion.
Oppenheimer reste hors sélection, puisque Nolan y suit un physicien, du projet Manhattan à l'audience de 1954 qui lui retire son habilitation de sécurité, en laissant Hiroshima hors champ. Justin le Juste d'Éric Barbier, sorti à la rentrée, n'est encore proposé sur aucune plateforme. Les disponibilités en France ont été vérifiées à la mi-octobre 2026.
10. SAS Rogue Heroes (2022), série de Steven Knight

En 1941, en Afrique du Nord, le lieutenant David Stirling (Connor Swindells), Paddy Mayne (Jack O'Connell) et Jock Lewes (Alfie Allen) convainquent l'état-major britannique de lâcher de petites équipes derrière les lignes de Rommel pour détruire ses avions au sol. La deuxième saison, diffusée par la BBC en janvier 2025, suit l'unité en Europe. Une troisième est commandée.
Pourquoi la regarder : la guerre du désert vue par le créateur de Peaky Blinders, avec Jack O'Connell en officier ingérable.
La série suit dans ses grandes lignes le livre de Ben Macintyre, une histoire autorisée du régiment. Gavin Mortimer, biographe de Stirling, relevait pourtant dans The Spectator qu'elle reprend la version que le fondateur donnait des débuts du SAS, alors qu'il savait arranger la vérité. L'historien James Holland décrit de son côté un Mayne plutôt timide, qui n'aimait pas jurer, loin du bagarreur imbibé de la série.
La bande-son aligne AC/DC et Black Sabbath, un anachronisme voulu par Steven Knight. Canal+ diffuse la série, en 4K sur l'offre Canal+ Séries. Elle ferme ce classement parce qu'elle vise l'aventure avant la reconstitution.
9. HHhH (2017), de Cédric Jimenez

La première moitié suit l'ascension de Reinhard Heydrich (Jason Clarke), poussé par sa femme Lina (Rosamund Pike), jusqu'à la tête du protectorat de Bohême-Moravie. La seconde passe à Jan Kubiš (Jack O'Connell) et Jozef Gabčík (Jack Reynor), deux parachutistes tchécoslovaques envoyés de Londres pour l'abattre à Prague.
Pourquoi le regarder : la seule production française du classement, qui reconstitue l'attentat et ses représailles sans les adoucir.
Produit par Légende Films pour 27,8 millions d'euros, le film respecte la chronologie de l'opération Anthropoid. L'attentat a lieu le 27 mai 1942, Heydrich meurt de ses blessures le 4 juin, puis les nazis rasent le village de Lidice le 10 juin avant d'assiéger l'église où se cachent les parachutistes. Du roman de Laurent Binet, prix Goncourt du premier roman, Cédric Jimenez ne garde que les faits.
Le découpage en deux blocs reste son défaut, Heydrich disparaissant à mi-parcours. Le film se loue en HD sur Canal VOD, Amazon ou Apple TV, sans version 4K en France. Il devance SAS Rogue Heroes pour son sérieux historique.
8. La Bataille de l'Escaut (De Slag om de Schelde, 2020), de Matthijs van Heijningen Jr.

À l'automne 1944, en Zélande, un jeune Néerlandais engagé dans la Waffen-SS (Gijs Blom), un pilote de planeur britannique abattu pendant l'opération Market Garden (Jamie Flatters) et une employée de mairie entraînée dans la résistance (Susan Radder) convergent vers la bataille qui doit ouvrir le port d'Anvers aux Alliés.
Pourquoi le regarder : une superproduction néerlandaise de 14 millions d'euros, qui retrace la guerre du côté des Néerlandais, collaborateurs compris.
La bataille de l'Escaut a coûté 12 873 tués, blessés ou disparus à la Première Armée canadienne, dont 6 367 Canadiens, cette armée comptant aussi des unités britanniques et polonaises. Le film met en scène l'assaut de la chaussée de Walcheren, où se sont succédé le Black Watch, les Calgary Highlanders et le Régiment de Maisonneuve, mais il relègue les Canadiens derrière ses trois personnages principaux.
Netflix, coproducteur, l'a mis en ligne en octobre 2021 et le propose toujours en France. Les combats dans les polders inondés font la réussite du film, mais le récit à trois voix met longtemps à se nouer.
7. Masters of the Air (2024), série de John Orloff

Produite par Steven Spielberg et Tom Hanks, la série suit en neuf épisodes le 100e groupe de bombardement américain, surnommé « Bloody Hundredth », basé à Thorpe Abbotts en Angleterre. Les majors Gale « Buck » Cleven (Austin Butler) et John « Bucky » Egan (Callum Turner) mènent leurs B-17 au-dessus de l'Europe occupée lors de raids de jour que la chasse allemande et la Flak transforment en hécatombes.
Pourquoi la regarder : des combats aériens filmés au plus près des équipages de B-17.
Elle adapte le livre de l'historien Donald L. Miller, qui affirmait à Time Out que tout ce qu'elle montre s'est réellement produit. L'historien Sam Edwards, de l'université de Loughborough, saluait dans The Conversation la reconstitution de Thorpe Abbotts et la place donnée aux aviateurs noirs de Tuskegee, en regrettant que la série ignore les liens des équipages avec les habitants de l'East Anglia.
Elle est proposée en 4K sur Apple TV, avec Dolby Vision et Dolby Atmos. Son budget, estimé à 250 millions de dollars, en fait l'une des séries les plus chères d'Apple TV. Ses personnages restent pourtant moins nets que ceux de Band of Brothers.
6. Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge, 2016), de Mel Gibson

Desmond Doss (Andrew Garfield), adventiste du septième jour, s'engage dans l'armée américaine en refusant de toucher une arme, au point que ses officiers tentent de le faire renvoyer. Devenu infirmier, il arrive en 1945 à Okinawa, où son unité doit prendre l'escarpement de Maeda, la falaise que les soldats surnomment « Hacksaw Ridge ».
Pourquoi le regarder : un soldat qui ramène ses camarades blessés de la falaise sans jamais tirer une balle.
Le 12 octobre 1945, le président Truman a remis à Desmond Doss la Medal of Honor, la première décernée à un objecteur de conscience. L'histoire officielle de l'armée américaine décrit un infirmier resté au sommet de l'escarpement pour descendre les blessés au bout d'une corde. Le chiffre retenu de 75 hommes est un compromis entre les 50 qu'il disait avoir sauvés et les 100 estimés par son capitaine. Mel Gibson modifie pourtant plusieurs épisodes de sa vie. Doss n'est jamais passé en cour martiale. Il a épousé Dorothy en août 1942, quelques mois après son incorporation. Le mariage manqué du film est inventé. Le récit resserre aussi en quelques jours des actes étalés sur trois semaines et passe sous silence Guam et Leyte, où Doss avait déjà servi. Son fils jugeait malgré tout le film fidèle à l'esprit de son père, qui avait longtemps refusé les projets d'adaptation faute de garanties d'exactitude.
Le film a remporté l'Oscar du montage et celui du mixage sonore. L'édition 4K américaine de Lionsgate associe une image HDR10 et une piste Dolby Atmos. En France, il est inclus dans l'abonnement Prime Video, en HD. Il se loue aussi sur Apple TV, Canal VOD ou Pathé Home, tandis que la Fnac vend un Blu-ray 4K. Nommé à l'Oscar pour ce rôle, Andrew Garfield joue aujourd'hui un laboureur révolté dans The Uprising : La Révolte. Tu ne tueras point devance Masters of the Air par son personnage, mais la violence complaisante des combats et les libertés prises avec sa vie le laissent derrière le documentaire de Peter Jackson.
5. Pour les soldats tombés (They Shall Not Grow Old, 2018), de Peter Jackson

Commandé par l'Imperial War Museum pour le centenaire de l'armistice, ce documentaire raconte le quotidien des soldats britanniques sur le front de l'Ouest, de l'engagement au retour. Peter Jackson a restauré plus de cent heures d'archives muettes, recalé leur cadence, puis colorisé les images du front.
Pourquoi le regarder : des visages de 1914-1918 qui sourient à la caméra, en couleur et à la bonne vitesse.
Aucun historien ne parle à l'écran, la narration étant tirée d'entretiens enregistrés avec des anciens combattants par la BBC et l'Imperial War Museum. Des lecteurs labiaux ont reconstitué certaines phrases prononcées devant l'objectif, doublées ensuite par des comédiens. L'historienne Jessica Meyer interroge d'ailleurs, dans l'American Historical Review, l'authenticité de cette bande-son en partie reconstruite.
Le film se loue ou s'achète en HD sur ARTE VOD, Canal VOD, Apple TV ou Amazon. Sa justesse historique lui vaut la cinquième place, malgré un point de vue limité aux soldats britanniques.
4. Dunkerque (Dunkirk, 2017), de Christopher Nolan

Fin mai 1940, des centaines de milliers de soldats britanniques et français attendent sur la plage de Dunkerque des navires qui tardent. Christopher Nolan entrelace trois récits de durées différentes, une semaine sur la jetée, une journée en mer avec un plaisancier et une heure dans le cockpit d'un Spitfire.
Pourquoi le regarder : l'expérience la plus physique du cinéma de Nolan, à voir sur le plus grand écran possible.
L'opération Dynamo a évacué environ 338 000 hommes entre le 26 mai et le 4 juin 1940, dont plus de 100 000 Français. Le film a pourtant froissé la critique française, Jacques Mandelbaum regrettant dans Le Monde que les soldats français qui défendaient la ville n'aient droit qu'à quelques secondes à l'écran.
Environ 70 % du film a été tourné en pellicule IMAX 65 mm, selon l'American Society of Cinematographers, un format que recense notre guide des salles IMAX 70 mm. Nolan l'a poussé plus loin encore en tournant entièrement en IMAX son dernier long métrage, comme le rappelle notre critique de L'Odyssée. Le disque 4K Ultra HD se contente du HDR10 et d'une piste DTS-HD Master Audio 5.1. HBO Max le propose en 4K et Netflix en HD. La place très réduite des Français le tient hors du podium.
3. La Zone d'intérêt (The Zone of Interest, 2023), de Jonathan Glazer

Rudolf Höss (Christian Friedel), commandant d'Auschwitz, vit avec sa femme Hedwig (Sandra Hüller) et leurs cinq enfants dans une maison avec jardin et piscine, collée au mur du camp. La caméra suit leur quotidien sans jamais montrer ce qui se passe derrière ce mur.
Pourquoi le regarder : le génocide n'apparaît jamais à l'image, mais on l'entend sans arrêt.
Jonathan Glazer est reparti des personnes réelles, alors que le roman de Martin Amis qu'il adapte librement inventait des personnages. Son équipe a travaillé avec le musée d'État d'Auschwitz-Birkenau sur les archives et les témoignages, dont ceux d'employés de la maison Höss. La mutation du commandant à Oranienburg puis son retour en 1944 pour la déportation des Juifs de Hongrie suivent donc les faits. Le concepteur sonore Johnnie Burn a compilé 600 pages de recherches sur les sons du camp.
Dix caméras cachées filmaient les acteurs sans technicien dans la maison. Le film a reçu le Grand Prix à Cannes, l'Oscar du meilleur film international et celui du meilleur son. Il se loue ou s'achète en 4K sur Apple TV, Amazon ou Pathé Home, alors que l'édition 4K américaine d'A24 propose la version allemande en Dolby Atmos. Il complète le podium derrière deux films qui plongent le spectateur au combat, ce que Jonathan Glazer s'interdit.
2. 1917 (2019), de Sam Mendes

Le 6 avril 1917, dans le nord de la France, les caporaux Blake (Dean-Charles Chapman) et Schofield (George MacKay) doivent traverser les lignes que les Allemands viennent d'abandonner. Ils portent l'ordre d'annuler une attaque qui enverrait 1 600 hommes, dont le frère de Blake, dans un piège.
Pourquoi le regarder : deux heures collées aux bottes de Schofield, en faux plan-séquence.
La mission est inventée, d'après les souvenirs que racontait au réalisateur son grand-père, Alfred Mendes, ancien du front de l'Ouest, mais son décor est exact. En février et mars 1917, l'armée allemande s'est repliée sur la ligne Hindenburg lors de l'opération Alberich, en détruisant routes, ponts, villages et vergers derrière elle.
Roger Deakins a obtenu l'Oscar de la photographie, le film remportant aussi ceux des effets visuels et du mixage sonore. Le disque 4K Ultra HD d'Universal associe Dolby Vision et Dolby Atmos. En France, le film ne figure dans aucun abonnement, mais se loue en 4K sur Apple TV ou Pathé Home. Il manque la première place d'un rien, ses personnages marquant moins que sa mise en scène.
1. À l'Ouest rien de nouveau (Im Westen nichts Neues, 2022), d'Edward Berger

Au printemps 1917, Paul Bäumer (Felix Kammerer), 17 ans, s'engage avec ses camarades de lycée, porté par les discours patriotiques, avant de découvrir le front de l'Ouest. En parallèle, l'homme politique Matthias Erzberger (Daniel Brühl) tente d'arracher un armistice à un état-major qui veut se battre jusqu'au bout.
Pourquoi le regarder : la scène du trou d'obus où Paul tente de secourir le soldat français qu'il vient de poignarder.
Première adaptation allemande du roman d'Erich Maria Remarque, le film prend de vraies libertés avec lui. Le volet Erzberger est ajouté, comme l'offensive qu'un général ordonne dans les dernières heures avant le cessez-le-feu du 11 novembre 1918, des choix qui ont valu à Edward Berger de sévères critiques en Allemagne. Erzberger a bien signé l'armistice dans la forêt de Compiègne. Des hommes sont morts jusqu'aux dernières minutes, comme le soldat français Augustin Trébuchon, tué vers 10 h 50.
Le film a remporté sept BAFTA, puis quatre Oscars, dont ceux de la photographie pour James Friend et de la musique pour Volker Bertelmann. L'édition 4K publiée en Allemagne et aux États-Unis réunit Dolby Vision et piste allemande en Dolby Atmos. En France, il est inclus dans l'abonnement Netflix. Il prend la première place parce qu'il égale 1917 en immersion du côté allemand, jusqu'à l'attaque ordonnée avant le cessez-le-feu.
USS Greyhound (2020), sur Apple TV, reste hors classement parce qu'il se concentre sur les manœuvres d'un combat naval. Apple prépare la suite de Greyhound avec Tom Hanks. La série allemande Das Boot (2018) est absente du classement faute de plateforme en France, où elle n'existe plus qu'en DVD et Blu-ray. Pressure, consacré à la préparation du Débarquement, est aussi écarté pour son rythme trop mou.
