Il faisait partie des très gros prétendants à la couronne du plus gros succès de l’été 2026 : L’Odyssée de Christopher Nolan. Le papa des Dark Knight et du succès Oppenheimer en 2023, avec 975 millions de dollars de recettes.
Je ne vous résumerai pas cette œuvre culte de l’histoire, sinon allez réviser vos classiques. Allez ok, vite fait : Ulysse part à la guerre de Troie, il veut rentrer dans son patelin, à Ithaque, où il est roi, mais comme il a énervé les dieux, il est ballotté de mers en mers et d’îles en îles, approximativement aussi longtemps que si on est coincé dans le périphérique parisien. Du coup, chez lui, un amas de prétendants veulent lui piquer sa femme. Grosso modo, c’est ça L’Odyssée.
Je voulais m’attarder vite sur un phénomène qui est pénible : le Nolan bashing. Comme Christopher Nolan est un cinéaste talentueux et surtout très vite nommé par la jeune génération peu connaisseuse du cinéma comme étant le meilleur dans son domaine, les grands esprits un peu plus élitistes se sont insurgés contre cela et décident d’un commun accord que les films de Christopher Nolan sont nuls.
Un grand film pensé pour un écran que presque personne n’a

Manque de pot : malgré quelques imperfections, L’Odyssée, c’est très bien. Mais le film souffre d’un problème majeur : il n’est pas taillé pour un écran normal.
En effet, pensé et filmé pour de l’IMAX 70 mm, c’est-à-dire un écran énorme en ratio 1,43:1, on se retrouve, au format cinéma traditionnel, avec une image clairement coupée. De fait, il nous vient un constat : L’Odyssée est un amoncellement de gros plans. Les visages prennent tout le cadre. C’est donc pénible. Là où l’IMAX 70 mm a l’air d’inscrire ses protagonistes dans un cadre plus vaste, avec tout le décorum qu’il y a autour, le format classique donne parfois l’impression de voir une version rabotée du film. Sauf qu’un IMAX 70 mm, il y en a un en France. On ne peut donc pas clairement savoir le langage d’image de Christopher Nolan dans chacun de ses plans tant il nous manque, dans l’idée, quasiment 40 % du film.
Parce que le reste : rien à dire. L’histoire est bien esquissée, le segment chez le Cyclope Polyphème est terrifiant de maîtrise dans le genre horrifique, le body horror chez Circé nous glace le sang également. Nolan maîtrise son imagerie sensorielle et technique pour nous offrir un spectacle hallucinant et total, empreint d’une expertise qu’on ne prouve plus. Vous retiendrez en effet longtemps, également, le travail du son. J’en veux pour unique preuve les cris de Polyphème, qui vont vous foutre la trouille comme jamais.
Peut-être que le final, extrêmement allongé dans un film qui dure 2h53, n’est peut-être pas si utile que ça.
Un choix de format qui abîme l’épopée

Mais comment être capable de juger un film amputé de presque 40 % ? C’est inconcevable. Le choix stratégique est incompréhensible. Peu de cinémas utilisent l’IMAX 70 mm.
Les Montpelliérains ont de la chance, ou alors ceux assez fous pour faire huit heures de voiture pour voir L’Odyssée dans des conditions décentes. Mais ça saccage malheureusement tout le film. Et ne vous y trompez pas, le ratio IMAX traditionnel n’étoffe que très peu le cadre : il manquera toujours environ 25 % d’image par rapport au format 1,43:1. Vous allez donc, en format Scope, vous coltiner les trois quarts du temps des visages de très près, sans compréhension du sens que donne Nolan à chacun de ses plans.
Et c’est d’autant plus frustrant qu’il y a des scènes de haute volée, notamment l’affrontement avec le peuple de gens en armure trois fois plus grands. C’est clinique, violent, immersif et grandiose. Mais pour totalement embrasser l’épopée, il aurait fallu que celle-ci soit adaptée à toutes les salles. Ce qui n’est pas le cas.
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