Nous n’allons évidemment pas vous présenter l’univers du MCU, ni même vous contextualiser les personnages, tant Marvel lui-même ne s’évertue plus à le faire. 33e film de l’univers cinématographique des super-héros, The Marvels regroupe dans une même aventure Kamala Khan (Iman Vellani), Monica Rambeau (Teyonah Parris) et Carol Danvers (Brie Larson) pour sauver le monde d’une méchante Kree incarnée par Dar-Benn (Zawe Ashton).
Elles sont rejointes dans leur aventure par Nick Fury, tout juste remis de l’indigeste Secret Invasion, et par Valkyrie, venue empocher son chèque au moyen d’un caméo que vous pouvez louper si vous clignez des yeux.
Personne ne sait ce que ce film vient faire ici, mais pourtant il existe. Marvel Studios s’est adjugé les services de la très talentueuse Nia DaCosta, qui vient de déclencher récemment une polémique en affirmant, sans surprise, qu’elle n’a pas vraiment eu son mot à dire sur la postproduction du long-métrage. Gros film de commande donc, le seul intérêt de The Marvels subsistait dans le fait de savoir ce qu’il allait apporter à l’évolution de la saga du multivers, après que le final de Loki a fait avancer le schmilblick.
Surprise, en plus de ne servir à rien, The Marvels est une attaque visuelle au cinéma, renforçant un peu plus la légitimité des critiques de Martin Scorsese.
Un film malade, bricolé par des reshoots

Pourtant, Loki est venu réaffirmer nos espoirs en le MCU, nous offrant trois derniers épisodes de très grande classe et un final épique et renversant. The Marvels est lui le retour à la foire aux gamineries. On ne ressent jamais la moindre montée des enjeux, désactivés à grands coups de blagues d’école primaire, même si une seule fonctionne bien car sortie de nulle part. Merci Nick Fury.
The Marvels est un film malade, fagoté par des reshoots hasardeux qui auront rendu saillants les désastres visuels qui dataient d’avant le report du film. Rappelons qu’il aurait dû sortir en juillet 2023, mais que le contexte catastrophique d’Ant-Man 3 et Secret Invasion aura poussé Kevin Feige à revoir sa copie.
On retiendra surtout une affreuse scène où Monica sauve Kamala dans le ciel du New Jersey, où le fond vert s’identifie à des kilomètres à la ronde. Si quelques bonnes idées parsèment ici et là le film, tout est sacrifié sur l’autel du scénario MacGuffin.
La méchante cherche un bracelet, veut offrir le soleil à son peuple. Les Marvels vont l’en empêcher. Aussi simple et basique qu’une course de Mario Kart en mode 50cc, Marvel est de retour à un projet stupide, sans âme et terriblement artificiel.
Une méchante catastrophique et des enjeux inexistants

On ne croit pas une seconde à l’alchimie entre les trois protagonistes, condamnées à devenir trio trop vite pour les besoins de l’intrigue. On expédie en cinq minutes les retrouvailles censées être émotionnelles entre Monica et Carol.
Le côté fan-girl de Kamala est également rangé sous le tapis, celle-ci s’octroyant même le luxe de prendre les premiers rôles du futur du MCU dans la scène finale. Mais surtout, la méchante Kree jouée par Zawe Ashton est sans conteste le pire antagoniste de tout le MCU. Rarement crédible, souvent drôle malgré elle, le personnage est aussi expressif et intéressant qu’une danse de René la Taupe.
Sans compter la réalisation qui ne lui rend que peu hommage dans les scènes de bagarre entrecoupées de gros plans sur la tête de Dar-Benn, qui pousse des “oh, ah, hi”.
Quid aussi de la destinée du peuple des gens qui chantent ? En plus d’introduire une séquence absurde et gênante, Marvel n’en tire rien du tout, mis à part un fusible servant à prétexter une scène de bagarre n’ayant strictement aucun impact sur la suite du récit. Il s’agit sans doute de la première fois que le MCU nous balance un peuple et le liquide sans que ce dernier n’ait eu aucun but dans l’histoire.
Le film aurait pu transformer ce choix casse-figure en bonne idée, mais rien n’est fait pour tendre vers cela. Idem, la dynamique de changement de personnages instaurée au début du film donne lieu à une scène d’action assez cocasse, mais tout est corrigé au profit du “apprenons à contrôler nos pouvoirs”.
Voulant osciller entre comédie et sérieux, The Marvels ne prend jamais l’occasion d’embrasser à fond le comique. Sauf que les tentatives de dramaturgie ne fonctionnent pas non plus, car elles sont rapidement effacées de l’intrigue, voire désamorcées.
Carol Danvers, notamment, ne semble absolument pas avoir de peine suite à la disparition de Monica, ayant retrouvé une nouvelle nièce en la personne de Kamala. Seule la scène post-générique rehausse un peu notre curiosité, elle qui se charge de teaser la suite du multivers et ce qui devrait probablement se dérouler dans Deadpool 3.
En résumé, bien handicapé par une production proche du désastre et une histoire inintéressante, The Marvels est un pot-pourri loin d’être aidé par la construction de ses enjeux, faite avec l’habileté d’un phacochère.
Oublié à peine les portes du cinéma passées.
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