En croisant les premières réactions diffusées au soir de la première mondiale de Digger à Londres, on arrive à un verdict provisoire assez tranchant. Tom Cruise sort grandi de cette satire, c'est le film d'Alejandro G. Iñárritu dans sa globalité qui encaisse sechement les coups.
Tom Cruise épargné, même par les déçus
Sur son acteur, la critique est unanime. Jim Hemphill, d'IndieWire, y voit « sa meilleure performance depuis Magnolia », le rôle de gourou masculiniste qui lui avait valu en 2000 sa troisième nomination aux Oscars. Scott Menzel juge que Tom Cruise « a vraiment le sens de la comédie » et que, si toutes les blagues ne font pas mouche, il se jette entièrement dans le rôle. Les plus sévères lui accordent la même chose. Matt Neglia, de Next Best Picture, parle du « rôle le plus dynamique et le plus intéressant de Tom Cruise depuis des années », avant de qualifier le film de « raté creux ».
Iñárritu et son humour dans le viseur

Pour le reste, les reproches visent tous la même cible. David Ehrlich, d'IndieWire, a trouvé la formule la plus cruelle de la soirée, puisque selon lui, regarder Iñárritu construire une blague revient à regarder Frank Gehry essayer de tracer une ligne droite. Kyle Smith, du Wall Street Journal, décrit un film « volontairement mauvais en surface et involontairement mauvais en dessous ».
Neglia enfonce le clou avec un avertissement sur l'état du monde « bizarre, ouvertement pas drôle et tapageur », sans assez de profondeur ni d'humanité pour qu'on s'attache à qui que ce soit. Mike Ryan, qui salue pourtant l'engagement de Tm Cruise, trouve l'ensemble "plutôt désagréable".
Le film a ses défenseurs également, parmi eux on retrouve Jake Hamilton, qui en fait son film préféré de 2026, Liam Crowley (ScreenRant) parle de chef-d'œuvre, alors qu'Hemphill le range parmi les films de studio les plus inventifs jamais produits sur le plan visuel. Sauf que l'avis le plus franco nous vient d'Anne Thompson, spécialiste des Oscars chez IndieWire, qui décrit un film d'art « courageux et superbe » qui ne séduira pas le grand public mais parlera à l'Académie, surtout aux branches techniques et aux acteurs.
125 millions de dollars sur la table

Warner a posé 125 millions de dollars sur la table, pour un tournage en pellicule 35 mm et en VistaVision confié à Emmanuel Lubezki dans les studios de Pinewood. Depuis l'annonce du titre et de l'affiche en décembre, le studio promeut une comédie Tom Cruise. Le premier trailer de Digger jouait déjà à fond la carte du milliardaire grotesque, les réactions décrivent finalement un rendu bien plus rêche, qui n'est d'ailleurs passé par aucun festival avant sa sortie.
Le film arrive donc sans ce tremplin dans une course aux Oscars 2027 où les distributeurs ont déjà placé leurs pions. Je parierais davantage sur une nomination pour Tom Cruise que sur un succès en salles, tant les compliments les plus appuyés vont au comédien plutôt qu'au récit. Les spectateurs français trancheront avant les Américains, puisque Digger sort chez nous le 30 septembre, deux jours avant les États-Unis, pour 2h09 en compagnie de Sandra Hüller, Riz Ahmed, John Goodman et Jesse Plemons. Enfin le film pourra bien sûr compter sur un gros démarrage grâce à sa tête d'affiche planétaire, avant de bénéficier ou d'être tué par le bouche à oreille.



