Difficile d'arriver avec les mêmes habits que des films comme Grave ou The Substance et leurs créatrices Julia Ducournau ou Coralie Fargeat. Au tour de Marion Le Corroller de nous sortir son body horror Sanguine, petite sensation aux séances de minuit du dernier Festival de Cannes, avec un concept un peu fourre-tout : un virus massacre les corps de pauvres jeunes actifs et les transforme en psychopathes prompts à éclater des figures. Derrière un synopsis méta, médical et horrifique, on y met une réflexion assez intéressante sur la pression que vivent les jeunes dans le monde du travail.
Cool, car avec les mouvements lycéens et les manifestations, le film peut largement avoir une caisse de résonance bienvenue. Il intriguait également par sa campagne promotionnelle très discrète, malgré la présence de Kim Higelin et Karin Viard au casting, venant seconder des comédiens moins connus comme Mara Taquin et Sami Outalbali. Et de Sanguine, il en résulte une audacieuse et vraie tentative de proposer du cinéma bourré de références, au point que ça se perd en route.
Sanguine : une mise en scène audacieuse pour un scénario qui s'éparpille

Le film fourmille d'excellentes idées : ça pulse, c'est rythmé, c'est vivant, c'est rempli d'artifices de réalisation pour nous emporter dans le tambour d'une machine à laver. Gros plans, vues subjectives, plans aléatoires, déformation du cadre… Tout est fait pour nous mettre la nausée, en plus d'y ajouter un gore assez prothétique qui donne des effets spéciaux souvent grotesques, mais presque faits exprès.
On y ajoute des déformations de corps et une trajectoire de découverte de soi pour son personnage principal et on y est : c'est du Grave dans l'univers sans foi ni loi de The Substance. Le message parfois juste du stress de la sphère professionnelle est appuyé avec beaucoup trop d'excès pour les besoins de la narration, qui se permet quelques magnifiques incohérences avec pour unique objectif d'arriver à son dénouement final.
Pire encore, le message, on ne le comprend pas tellement : à vouloir faire un clash entre générations, une mise en abyme de la souffrance des jeunes, une plongée dans la désintégration des services publics, une déstructuration des corps face à la souffrance au travail… Sanguine ne traite jamais tout ça correctement, essayant d'orchestrer une ligne narrative engluée dans de bonnes idées, mais qui ne réussissent jamais à s'articuler entre elles. Pire encore, le début et la fin du film sont nuls, clichées dans leur exécution et mal joués, au point où on se demande vraiment si le reste du film en fait partie.
Un film magistralement porté par Mara Taquin, mais étouffé par ses ambitions

Il y a quelque chose d'intéressant dans ce parcours du personnage de Margot, joué par une très forte Mara Taquin, même si les rôles secondaires sont trop inégaux. Malgré la bonne volonté de chacun, je n'arrive toujours pas à comprendre le cliffhanger final qui concernait Karin Viard, en complète distorsion avec ce qui est censé représenter l'éthique de son personnage. Grosso modo, on ne comprend pas tout, on est bien emporté par les moments franchement gores qui rappellent le Cronenberg de ses grands jours et dans ce délire cathartique où on envoie un peu tout valser (oui, il y a également un peu des Nouveaux Sauvages dans ce Sanguine). Le problème, c'est que lorsqu'on veut faire beaucoup trop, on dilue le message sous une couche indigeste d'idées pas toujours bien exploitées de bout en bout. Et c'est dommage tant il faut saluer, malgré tout, l'audace. En salles depuis le 28 octobre 2026.


