Je suis un peu un néophyte de l’univers Godzilla, je dois être honnête avec vous. Je ne me passionne pas vraiment pour les films de kaijus, encore moins pour celui du célèbre lézard géant, réduit à l’état d’un micro-PNJ dans l’affreux, régressif mais divertissant Godzilla x Kong. Est alors arrivé, il y a trois ans, Godzilla Minus One, tout droit sorti de nulle part, qui a ramassé tout le monde par ses effets visuels de grande ampleur, malgré son budget ridiculement bas (environ 15 millions de dollars, moins cher qu’un film de Dany Boon).
Arrive ce Godzilla Minus Zero avec plus de promesses, un peu plus d’adrénaline et un nouveau monstre (Ghidorah, le légendaire dragon à trois têtes). En même temps, on essaie de suivre la continuité du destin de Kōichi Shikishima, pilote kamikaze et héros du premier film, de sa conjointe Noriko et de leur fille adoptive Akiko.
Godzilla Minus Zero : un récit qui peine à convaincre

C’est tout aussi bien que son homologue, et peut-être même un poil mieux que Minus One. Zero parvient à tenir son récit sur la durée, même si de nombreuses scènes font office de remplissage dramaturgique. Le rythme s’installe trop lentement et les préparatifs pour bastonner les monstres durent un peu trop longtemps.
Pire encore, l’angle narratif autour du vieux professeur désireux de se venger des Américains responsables d’Hiroshima sonne faux parce que trop appuyé, trop dans un délire méta, et le jeu d’acteur n’aide pas forcément à y croire (même si c’est mieux que leurs homologues sud-coréens qui nous ont livré l’insipide Hope). On sent encore la volonté du film de vouloir distiller un propos en arrière-plan sur la difficile reconstruction de la société japonaise post-bombes nucléaires. On a compris le message. Et Minus Zero aurait pu se concentrer à cent pour cent sur ses monstres, véritables ersatz des traumas du pays.
Pire encore, l’arc narratif autour de Kōichi, Noriko et Akiko n’est jamais réellement travaillé et se contente de s’articuler autour des allées et venues des parents en guerre contre les monstres, donnant un sentiment de redite pas toujours bienvenu.
Des monstres spectaculaires et une réalisation particulièrement léchée

Parce que là où Godzilla Minus Zero se démarque, c’est sur ses visuels. Les créatures sont d’un esthétisme réussi et assez glaçant, et le jeu d’échelle pour mettre en perspective le gigantisme de ces bêtes mythologiques fonctionne à merveille. Mention spéciale à une scène d’ouverture très prompte à naviguer entre film catastrophe et film d’horreur, avec des effets encore une fois particulièrement léchés. Tout ce que n’avait pas réussi le grand-guignol de Hope, en fait.
Je reviens un peu à mon explication plus haut : quand je vilipende un peu ce vieux scientifique traumatisé par Hiroshima qui veut utiliser Godzilla pour le retourner contre les Américains, le souvenir de la guerre est intéressant, mais Minus Zero nous le sert déjà dans sa dramaturgie. Toute la séquence finale de baston entre Ghidorah et Godzilla se suffit à elle-même. Les héros humains assistent à l’autodestruction de leur pays, face à deux monstres qui se déchaînent. C’est le miroir parfait de deux armées qui se violentent, avec la société civile, en miroir, qui assiste au chaos.
Ce qui est d’autant plus dommageable, c’est que le film fourmille d’idées scénaristiques. Il veut nous montrer le ricochet des destructions sur les civils. Sauf que cela amène les personnages centraux à des retournements de situation curieux pour faire avancer pleinement le récit, que ce soit Noriko ou ledit scientifique. Si je m’attarde autant sur les défauts de ce nouveau Godzilla, c’est parce que c’est terriblement dommage. Il a une maturité artistique assez exemplaire, les interprétations sont également assez justes, en revanche, ça ne va pas forcément au bout. Finalement, le film tire son épingle du jeu par ses visuels, sa justesse de réalisation et quelques idées créatives, mais ne transforme pas totalement l’essai pour être un grand film de monstres. Néanmoins, après avoir vu Hope, on ne peut être que conquis par celui-ci.


