Un chef-d'œuvre d'inconfort qui ringardise les recettes habituelles

Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la performance absolument stratosphérique du film Obsession de Curry Barker au box-office mondial et à quel point il est en train de redéfinir l’architecture même de l’industrie du cinéma. Au milieu d’une sacrée brochette de blockbusters américains sortis et à venir, Obsession et Backrooms, deux thrillers horrifiques d’un nouveau genre, ont déjà maté un film pourtant capital pour l’industrie de chez Disney : The Mandalorian & Grogu. En règle générale, il faut toujours se méfier des phénomènes viraux au cinéma. Les contre-exemples prouvant que la seconde vie des longs-métrages sur TikTok n’est pas une bonne chose sont légion : il y a eu la danse de M3GAN dans le film du même nom, les édits sur le Challengers de Luca Guadagnino ou encore beaucoup de scènes de Minecraft : le film (Chicken Jockey, Lava Chicken).
Sauf qu'Obsession, déjà, est un très grand film. Un long-métrage qui, à l’instar de l'It Follows de David Robert Mitchell il y a quasiment dix ans, exploite son filon horrifique d’une façon novatrice. Presque pas de jumpscares, pas d’entité déjà vue et revue cent fois, mais une imprévisibilité constante vous laissant dans un inconfort total. Le tout est renforcé par la performance magnétique et extraordinaire d’Inde Navarette. Le récit s'appuie sur des peurs tangibles et palpables, profondément humaines — avec un sous-texte très dense et flippant sur la toxicité des relations et le consentement. Surtout, Obsession vient de l’esprit d’un YouTubeur — Curry Barker (26 ans) — qui, tout comme Kane Parsons pour Backrooms (20 ans), mate à lui tout seul de grosses écuries en fracassant le box-office. De plus, le studio Focus Features, qui distribue le film en partenariat avec Blumhouse, s’offre ici un coup de maître en termes de maxi-rentabilité pour un pitch aussi aguicheur.
Le yo-yo fou d'une rentabilité historique au box-office

Obsession cumule la somme folle de 155 millions de dollars de recettes mondiales, pour seulement 750.000 dollars de budget. Aux États-Unis, il pointe à 111 millions de dollars. Ce qui reste encore plus fou, c'est sa régularité : le 1er juin, il a rapporté 5 millions de dollars au box-office domestique, soit quasiment le même montant qu’à ses débuts. Parce que le film de Curry Barker ne cesse de connaître des remontées assez drastiques en termes de fréquentation, probablement dues à la célébrité du long-métrage sur les réseaux : les 29 et 30 mai, il a regagné près de 70 % de fréquentation en encaissant 18 millions supplémentaires sur deux jours. Il avait connu pareille remontada une semaine plus tôt, avec près de 80 % de hausse pour une vingtaine de millions encaissés. On est sur du yo-yo pour un phénomène qui ne cesse de se confirmer comme étant la folie du printemps 2026 et l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma.
En France, selon les estimations à venir de cette toute petite semaine de box-office, Obsession devrait s’emparer de la troisième place avec 130.000 entrées et un excellent maintien à -29 % par rapport à la semaine précédente, atteignant un cumul de 530.000 entrées, ce qui est énorme pour un film d’horreur. On imagine bien une fin de carrière juste en dessous du million, étant donné que Backrooms n’arrive chez nous que dans deux semaines et que le film a encore un boulevard, que ce soit au cinéma ou sur les réseaux. En tout cas, c’est une performance méritée que l’on va continuer à suivre assidûment. Le film est disponible en salles depuis le 13 Mai 2026.
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