Warner Bros. appartiendra à Paramount des le 6 octobre, une issue dont le cinéma en salle a toutes les raisons de se réjouir. La juge fédérale Araceli Martínez-Olguín a validé mercredi l'accord négocié entre Paramount et les douze États américains, Californie en tête, qui contestaient la fusion devant la justice. Le dernier obstacle tombe donc. David Ellison a aussitôt fixé la finalisation du rachat, à 31 dollars par action pour environ 110 milliards de dollars, à mardi prochain.
Sous un même toit se retrouvent désormais Warner Bros., HBO, DC et CNN d'un côté, Paramount Pictures, CBS et Paramount+ de l'autre. Batman, Superman, Harry Potter et Game of Thrones cohabiteront avec Mission: Impossible, Top Gun et Star Trek. Il y a moins d'un an, le scénario était tout autre.
Paramount a mangé Netflix

En décembre 2025, Netflix avait remporté les enchères pour les studios Warner et HBO Max, sur la base de 82,7 milliards de dollars. Ted Sarandos jurait alors que les films Warner continueraient de sortir au cinéma, tout en prévenant que les fenêtres d'exploitation allaient « évoluer » pour devenir « bien plus favorables au consommateur ». Autrement dit, des films plus vite disponibles sur la plateforme. En janvier, il promettait certes de garder des fenêtres de 45 jours, mais sans jamais rien signer. James Cameron s'était opposé publiquement à ce rachat, convaincu que Netflix cherchait avant tout à « remplacer la salle ». La plateforme a fini par jeter l'éponge face à l'offre de Paramount fin février, refusant de suivre la surenchère.
La différence tient à la nature des engagements. Pour obtenir le feu vert des États, Paramount a accepté un décret de consentement de cinq ans, contrôlé par le tribunal. Le groupe devra sortir au moins 30 films en salles par an pendant deux ans, puis 32 par an les trois années suivantes, sous peine d'une amende de 30 millions de dollars par film manquant. Chaque sortie devra rester au moins 45 jours en exclusivité au cinéma, puis 90 jours avant d'arriver sur une plateforme d'abonnement. Le texte impose aussi 300 millions de dollars de production supplémentaire chaque année aux États-Unis, quatre films indépendants par an et le maintien de deux studios distincts, Paramount et Warner Bros. gardant chacun leurs plateaux.
Netflix n'a jamais eu à graver de tels engagements dans le marbre. Pour les exploitants, qui réclament davantage de films depuis les grèves de 2023, un catalogue garanti par un juge vaut bien plus qu'une promesse en conférence de presse. En France, la chronologie des médias protège déjà la salle, mais le volume de films américains qui arrive sur nos écrans dépend directement de ce genre de quotas.
Un patron de Mattel pour faire tourner la machine
David Ellison a annoncé dans la foulée l'arrivée de Ynon Kreiz comme co-PDG à la finalisation de l'opération. Le patron sortant de Mattel, qui avait poussé le jouet vers le cinéma jusqu'au triomphe de Barbie chez Warner, prendra en charge les opérations et l'intégration des deux groupes. Ellison garde la stratégie, la création et les relations avec les talents. Le choix a du sens, alors que Barbie 2 était encore dans l'impasse cet été.
Côté super-héros, Ellison s'est déjà rendu sur le tournage de Superman: Man of Tomorrow à Atlanta pour rencontrer James Gunn et Peter Safran. Lars P. Winther, producteur exécutif de Supergirl, le décrivait alors « plutôt ouvert » au plan des deux patrons de DC Studios. Une bonne nouvelle pour un studio fragilisé par l'échec de Supergirl cet été. Reste le chantier du streaming, puisque Ellison a confirmé son intention de fusionner Paramount+ et HBO Max. Mais pour les salles, l'essentiel est acquis, puisque Hollywood garde un géant qui s'est engagé noir sur blanc à remplir les cinémas.



