Sorti en plein chaos sanitaire, Greenland avait marqué l’été cinéma 2020 comme un sauveur inattendu. Six ans plus tard, une suite débarque sans que personne ne l’ait réellement réclamée. Plus ambitieuse visuellement, mais loin d’être irréprochable, Greenland : Migration divise entre spectacle efficace et grosse fainéantise scénaristique.
De sauveur de l’été 2020 à suite improbable

Greenland était le grand sauveur de l’été cinéma 2020, en pleine période de pandémie de Covid-19. Tous les studios avaient décalé leurs films à plus tard ; seuls STX Entertainment avaient accepté de se mouiller la nuque en tentant la sortie de Greenland, tout comme Warner Bros. avec Tenet de Christopher Nolan.
Six ans plus tard, une suite que personne n’attendait voit le jour, toujours mise en scène par Ric Roman Waugh. Après cinq années à croupir dans une forme de vie quasi normale au fin fond de leur bunker du Groenland, les Garrity doivent fuir vers une nouvelle terre promise apparue… en France, en plein milieu de l’Auvergne.
Et oui, pour les Américains, le Sancy, le Puy-de-Dôme et les lacs d’Auvergne représentent un nouvel Eldorado.
Plus de spectacle, mais une esthétique fadasse

Greenland : Migration met clairement le paquet sur les effets spéciaux : tornades électriques, vents violents, tsunamis, météores… On est loin du minimalisme parfois mal fichu du premier opus. Ici, tout est bigger, faster, stronger, même si certains visuels sonnent un peu faux et creux — mention spéciale au panorama façon Windows XP censé représenter la Terre promise en fin de film.
Cela reste néanmoins suffisamment efficace pour apprécier ce blockbuster convenable, pas marquant mais plutôt plaisant, qui passe comme une lettre à la poste avec ses 1h30 au compteur.
En revanche, le film pâtit clairement du manque d’inspiration de son directeur de la photographie, Martin Ahlgren. On se coltine une vilaine teinte sépia, grisâtre et sombre durant tout le film, avec une colorimétrie fadasse qui donne parfois l’impression de regarder un téléfilm calibré pour Amazon Prime ou Paramount+.
Une écriture paresseuse et des clichés à la truelle

Côté histoire, c’est la soupe à la grimace. Le film regorge pourtant de bonnes idées thématiques, mais se heurte à une exécution faiblarde, déjà vue et surtout monstrueusement clichée.
Il est néanmoins intéressant de voir les thématiques impulsées par Ric Roman Waugh : le chacun pour soi des humains, les guerres civiles dans un monde en ruine, et surtout la représentation d’un véritable après-apocalypse, là où la plupart des films catastrophes se contentent du sempiternel schéma « tout le monde meurt, certains survivent, et ces certains vivent heureux ».
Mais tout est très décousu. Les Garrity vont d’un point A à un point B, tombent sur une gentille personne qui leur sauve la mise. Gerard Butler supplie façon « Pour Sparte ! », la gentille personne accepte, se fait dégager de l’équation comme un fusible mal fixé, puis le trio repart en quête d’un point C.
Chaque personnage rencontré commence par refuser de les aider, puis accepte après une séquence obligatoire de suppliques. La mécanique se répète sans jamais surprendre.
Personnages inutiles et occasions ratées

Les ajouts scénaristiques — comme la fille d’un colonel français — ne servent strictement à rien. Il n’existe aucune alchimie entre ce personnage et le trio familial. Toute tentative de développer des personnages secondaires est balayée pour se concentrer exclusivement sur les Garrity.
Dans ce cas-là, il n’aurait rien fallu tenter. Cette impression de fainéantise scénaristique est tenace. Et même si le tandem Butler / Baccarin donne tout ce qu’il peut, on sent parfois qu’eux-mêmes ont du mal à y croire.
Le final tente timidement un peu d’audace en liquidant Papa Garrity, mais n’ose jamais aller au bout de son idée. Plutôt qu’un happy ending niais, le film aurait pu pousser le curseur plus loin, façon Mad Max bis : la Terre promise n’existe pas, tout le monde va mourir. Fin. The End.
Un film imparfait mais divertissant
Au final, malgré quelques promesses intéressantes, Greenland : Migration se vautre dans des clichés qu’il aurait pu éviter. La faute à des questions laissées sans réponse, des dialogues insipides et une intrigue beaucoup trop prévisible.
Mais, paradoxalement, le film remplit son quota de spectacle, et c’est déjà appréciable.
En salles depuis le 14 janvier 2026.
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