Une fresque spectaculaire qui assume son ADN de blockbuster

Il est là. Sorti depuis le 3 juin 2026, La Bataille de Gaulle — méga-production Pathé de 75 millions d’euros — ouvre son diptyque avec L’âge de fer, en attendant le second opus nommé J’écris ton nom dans tout juste un mois. Un audacieux pari pour cette fresque historique tant les enjeux financiers sont colossaux. Et malheureusement, ça sent déjà un peu le roussi puisque le film n'a enregistré que 55.000 entrées pour son premier jour d’exploitation en France, bien loin des résultats escomptés. Il lui faudra donc capitaliser sur son bouche-à-oreille et sur sa capacité à s’exporter — soit en direction du marché international et américain, soit auprès d’un géant du streaming.
Est-ce un bon film ? Rentrons dans le vif du sujet : oui, plutôt. On ne va pas sauter au plafond ni être dithyrambiques pour autant, mais c’est pas mal. On sent à cent pour cent l’ADN de blockbuster du long-métrage, calibré pour aller chercher un public vaste. On a peu l’occasion de voir ça dans le cinéma français et ça fait du bien. Dans toutes ses coutures, La Bataille de Gaulle fait étalage d’un savoir-faire immense en termes de grandeur, de visuels et de bravoure. Antonin Baudry signe un film certes imparfait, mais qui montre clairement qu’on est capables de jouer dans la cour des grands. C’est visuellement impressionnant, avec un côté à la fois solennel, intimiste, mais également sensationnel (cette guerre en plein désert libyen offre une salve de scènes héroïques).
Le syndrome Avengers : Endgame appliqué à la Seconde Guerre mondiale

On sent malgré tout que c’est une introduction. Le rythme est parfois trop lent, trop verbeux, trop explicatif… Le serpent de l’intrigue se mord la queue et on se perd presque face à l’arborescence des missions d’Antonin Baudry : donner corps à la Résistance, étoffer les personnages secondaires, magnifier De Gaulle… Ce qui donne parfois l’impression d’un Avengers : Endgame sauce Seconde Guerre mondiale. En témoigne cette scène dans un train où un homme suspicieux sort de l’ombre, accompagné d’un laconique “Je suis Jean Moulin”. Mon problème, c'est qu'à force de vouloir construire le film autour de figures majeures, on évince le propos universaliste de la guerre. Elle concerne les Français, mais on les voit peu, sauf au détour d’une scène de manifestation efficace et cruelle.
Le budget questionne aussi : certains décors ne sont pas très beaux, trop peu nombreux, et quelques effets sonnent un peu faux. Lors d’un bombardement londonien notamment, De Gaulle voit le mur à côté de lui se faire souffler et ne bouge pas d’un iota, sauf que la scène n'est graphiquement pas réussie. A contrario, la séquence mentionnée plus haut dans le désert d’Afrique du Nord bénéficie d'une photographie et d'un sens artistique très réussis.
Un Simon Abkarian impérial au milieu d'un casting inégal

Côté comédiens, le casting pléthorique ne suffit pas forcément à donner de la candeur à chacun. Simon Abkarian fait un excellent De Gaulle et on le voit bien truster les Césars d’interprétation masculine l’an prochain. En revanche, le traitement de Karim Leklou et de son rôle me pose de sérieuses questions, tout comme l'écriture trop évasive réservée à Mathieu Kassovitz, qui reste pourtant l’un de nos plus grands comédiens français (regardez Frères, Un illustre inconnu et L’Astronaute pour ceux qui en doutent). Pire encore : aidez-moi en commentaires car je n’ai aucun souvenir d’une présence de Thierry Lhermitte dans ce film (ou alors, je ne l’ai absolument pas reconnu).
En résumé : La Bataille de Gaulle pose ses bases d’une façon assez classe et efficace, sans toutefois créer le grand émoi. C’est un bon film, spectaculaire par instants, inégal à d’autres moments, mais il faut saluer l’initiative et le produit final. Il permet de donner une dimension épique et mondiale à notre cinéma français qui, n’en déplaise à certains politiques, mérite d’être protégé, choyé et de rayonner.
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