Dossier 137 de Dominik Moll, on l’a enfin rattrapé. Ce film policier mystérieux et d’investigation assez curieux et intriguant lui aura valu des sélections aux Césars et au Festival de Cannes de l’année 2025.
Tout comme l’avait fait avant lui le très inégal La Fracture de Catherine Corsini, Dossier 137 parle des gilets jaunes, en s’inspirant de faits réels. Des policiers ont tiré au LBD sur un jeune homme qui semblait n’avoir rien fait. Le tout remonte via l’IGPN, où on suit l’une des enquêtrices, Stéphanie (Léa Drucker), dans ses investigations.
Et outre une Léa Drucker qui crève l’écran, on y perçoit surtout un film clinique, parfois volontairement cynique, qui se veut brut de décoffrage. Le film de Dominik Moll a notamment valu à Léa Drucker le César et le Lumière de la meilleure actrice, ainsi que le César des lycéens.
Une enquête interne au cœur de l’IGPN

On est sur un alignement de concepts liés à une enquête interne de l’IGPN : reconstitutions, auditions, communiqués et mails… Dans un métier somme toute difficile, exacerbé par un niveau de tension sociale énorme dans le pays lorsqu’est arrivé le mouvement des gilets jaunes.
Chacun prêche pour sa paroisse, se renvoie la balle des failles de la société et se cherche des excuses. Personne n’assume. Dossier 137 montre plutôt bien à quel point la fracture de la France ne cesse de se creuser. À aucun moment le long-métrage ne tente d’abuser sur un parti pris plus qu’un autre. Les deux parties sont écoutées, comprises, mais on ne peut s’empêcher de se lever de nos sièges face aux discours institutionnels souvent injustes et parfois méprisables, même si on comprend, d’une certaine façon, que tout le monde a peur de dire des trucs ou essayer de faire respecter la justice élémentaire de notre pays.
Un film pudique, violent et important

C’est propre, humainement bien construit, tant l’équilibre entre la vie sociale et professionnelle de Stéphanie est toujours juste. Le scénario est à souligner également. Aucune volonté dans ce Dossier 137 de vouloir en faire trop ou d’abuser du langage fictionnel ou romanesque.
On penserait presque à un docu-fiction sur une enquêtrice de l’IGPN en vue lors de cette affaire. Malin et jamais facile, Dominik Moll parvient à mettre sur un présentoir un fait difficile de notre époque contemporaine, avec un peu plus de subtilité que Catherine Corsini. Violent dans ses actes et son dénouement, mais également tout en retenue, on peut qualifier Dossier 137 comme un film pudique et important, qui aurait dû gagner la Palme d’or l’année dernière pour essayer un peu de mettre la lumière sur ce genre de faits sociétaux qu’on aime bien taire.
Il y a à boire et à manger pour les militants politiques, les complotistes ou les simples défenseurs de la justice, et il est clair qu’on n’est pas sur un long-métrage qui peut faire l’unanimité. Il est disponible en streaming sur myCANAL.
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