La deuxième pierre à l’édifice du DCU est enfin là, et ça sent déjà le roussi pour le tout nouveau joujou de James Gunn et Peter Safran. Après un Superman qui a convenablement performé, mais que j’ai trouvé nul, niais, candide et creux comme une pistache, place à Supergirl avec Milly Alcock, la star de House of the Dragon, dans un rôle surmédiatisé qui lui cause pour l’instant pas mal d’ennuis puisqu’elle est prise pour cible de façon dégradante et injuste sur son physique et son jeu d’actrice.
Une honte, puisque ces polémiques d’arriérés entachent la réputation d’un long-métrage qui est loin d’être honteux. Il a des défauts, mais il possède l’ADN d’un space-opera par moments singulier, qui aurait pu mériter de pousser le curseur un peu plus loin.
Milly Alcock porte le film sur ses épaules

Pastiche de post-it pour l’histoire. Kara Zor-El, a contrario de son cousin naïf, n’arrive pas à s’acclimater à sa vie sur Terre. Elle vit en ermite avec son chien et écume les bars de la galaxie pour oublier sa piètre existence. Elle va tomber sur une jeune fille, Ruthye, qui veut venger la mort de ses parents, tués par des brigands.
Ces mêmes brigands vont empoisonner Krypto, l’unique ancre émotionnelle de Supergirl. Forcément, elle va vouloir le sauver. Oui, l’histoire ne révolutionne rien, mais parce que le film va capitaliser sur l’évolution psychologique de Kara et les relations entre les personnages.
La dynamique entre le duo Kara-Ruthye fonctionne : on y croit, malgré une trop grande propension de l’aînée kryptonienne à sauver la plus jeune. On ne comprend pas ce que vient faire Lobo dans ce pataquès, mais Jason Momoa semble tellement prendre de plaisir à jouer le personnage que ça nous fait sourire.
Le scénario est donc un peu asymétrique. Il y a des gentils, des méchants, et débrouillez-vous avec. Les méchants sont méchants, les gentils sont gentils, et il n’y a rien pour contrebalancer le tout. Lobo est une des pires raclures de la galaxie, il va se transformer en sain allié pour les besoins du scénario. Les brigands ont des sales têtes de l’emploi, et un job qui va faire écho à Mad Max. Simple, cruel, limpide, mais peu emballant.
Reste dans tout ça Supergirl et une Milly Alcock qui sort une belle palette de son jeu, entre cynisme, douceur, violence, émotion et humour. Elle porte tout sur ses épaules.
Un space-opera qui ne va pas assez loin

L’émotion qui va se détacher de quelques instants très réussis de ce film de Craig Gillespie fait détonner avec le manque d’ambition au niveau de la mise en scène. La photographie et les décors sont les deux défauts les plus proéminents. Peu de couleurs, du fade et des décors de studio très, trop peut-être, vides, surtout dans le final qui se situe sur une espèce de porte-avions galactique en plein milieu du désert.
Comme c’est contrebalancé avec beaucoup d’idées sur les créatures, les planètes, les doubles soleils, on se dit légitimement que certains décors sont un peu feignants.
Il y avait du potentiel, ça ne va pas jusqu’au bout. Dommage, car Supergirl développe une énergie folle à nous faire apprécier le spectacle. Les scènes d’action sont réussies, c’est assez glauque et cruel par moments, et même le méchant un peu caricatural est poisseux, mesquin, crado. On comprend l’avertissement au jeune public. Il y a même quelques jump scares disséminés ici et là.
L’autre force du film : il peut se regarder en one-shot. Pas besoin forcément de contextualisation. Pas besoin de se coltiner le pourquoi du comment de la présence d’un Superman qui ne sert à rien. On s’intéresse à Kara, à son histoire, et le film le fait plutôt bien, avec une certaine singularité, mais sans renverser la table.
C’est cependant à des années-lumières de l’horreur que certains prétendent avoir vue.
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