Hors Normes : Le sommet de la filmographie Toledano / Nakache

À l’occasion de la sortie prochaine du film Juste une Illusion d’Eric Toledano et Olivier Nakache, que j’aurai la chance de voir en avant-première dès ce jeudi 10 avril, c’est l’occasion pour moi de revenir sur ce qui est le meilleur film du tandem : Hors Normes (2019).
Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Kateb) gèrent une structure associative un peu diffuse, subventionnée par l'État, qui vient en aide aux enfants et jeunes aux handicaps lourds dont l'État français n’a pas envie de s’occuper. L’association fait figure de « dernière chance » pour ces nombreux jeunes sur le carreau, tandis qu'un contrôle est effectué par du personnel du Ministère.
Un flagrant délit de mensonge institutionnel

C’est le meilleur film du tandem. J’en porte d’autres dans mon cœur (Nos Jours Heureux, Intouchables, Le Sens de la fête), mais celui-ci est spécial. Déjà parce qu’il vient dénoncer un flagrant délit de mensonge de nos institutions. Non, nous sommes incapables de gérer convenablement ces enfants avec un « petit truc en plus ». On se débrouille pour accueillir ceux qui peuvent s’insérer au mieux, mais dès que le handicap dépasse les difficultés conventionnelles, c’est l’abandon.
Hors Normes met le doigt sur l'absurdité de la réglementation (cette fameuse scène de contrôle où même les envoyés du ministère ne comprennent pas leur mission) et sur le pugilat général face à l'imprévu. Il symbolise la société de demain et surtout celle de l’après-Covid, comme s'il en avait été le précurseur.
La sincérité face au confort de l'indifférence

Les gens font la gueule, n’acceptent plus la différence, ne veulent plus prendre le temps de « former » l’autre. Chacun est dans son confort. Le film présente également la difficulté de sortir des jeunes de la précarité pour leur faire comprendre la nécessité de s’investir pour des causes qui les dépassent. À cela, le personnage de Malik (Reda Kateb) apporte une force décisive, comme s’il connaissait le métier d’éducateur sur le bout des doigts.
Si le film fonctionne, c’est pour sa touchante sincérité. Le tandem y insère de subtils moments de vie et de belles relations, qu'Artus aura perpétués cinq ans plus tard avec Un P’tit truc en plus. Malgré ses qualités, Hors Normes a fait grincer des dents quelques jaloux, mais on ne peut retenir qu’une citation, celle de Danièle Langloys (présidente d’Autisme France) :
« Le film réussit l’exploit de montrer ceux que l’on ne veut jamais montrer. On se le prend dans la gueule, et c’est tant mieux. »
Gageons maintenant que les cinéastes réussiront à nous distiller un nouveau message avec Juste une Illusion, porté par Louis Garrel et Camille Cottin, prévu pour le 15 avril 2026.
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