The Boroughs n'aurait jamais dû marcher sur le papier, on se retrouve avec série de science-fiction où les héros touchent leur retraite depuis dix ans, lâchée sans tambour ni trompette le 21 mai, ça sentait le spin-off de seconde zone estampillé Stranger Things pour rassurer les actionnaires. Deux semaines plus tard, la série trône en tête du classement Netflix mondial avec 95% sur Rotten Tomatoes, on va peut-être revoir notre jugement. Alors, faut-il y consacrer une soirée ? Réponse courte, oui, et on vous explique pourquoi sans rien gâcher de l'intrigue.
The Boroughs, c'est quoi exactement ?

Direction une résidence pour seniors plantée dans le désert ensoleillé du Nouveau-Mexique. Sam Cooper, ingénieur retraité fraîchement veuf, aperçoit une créature qui rôde la nuit entre les palmiers. Ses voisins mettent ça sur le compte du chagrin, lui s'accroche, et finit par rallier une poignée de marginaux du troisième âge pour creuser le mystère. La menace n'en veut ni à la ville ni aux petits-enfants, elle vole le temps des vivants, la seule ressource que ces personnages n'ont déjà plus en abondance. Huit épisodes, mis en ligne d'un bloc, à binger en un week-end. On détaillait ce pari d'une série surnaturelle chez les seniors dès son lancement, en levant un sourcil, pour une fois, a eu tort de douter.
Le concept inverse méthodiquement la formule qui a fait Stranger Things. Là où la bande de gamins de Hawkins affrontait le Monde à l'Envers avec toute la vie devant elle, The Boroughs place ses héros à l'autre bout de l'existence, là où chaque heure compte double. Ce déplacement, du collège vers la maison de retraite, change tout au sous-texte. L'angoisse n'est plus celle de grandir, mais celle de disparaître, c'est autrement plus dérangeant.
Un casting TV d’une rare élégance

Voilà l'argument massue, Alfred Molina porte la série en Sam Cooper, entouré de Geena Davis en ancienne productrice de musique, Alfre Woodard en journaliste à la retraite, plus Bill Pullman, Clarke Peters et Denis O'Hare. Des comédiens primés, qu'on a trop peu vus en première ligne ces dernières années, réunis sur un même plateau. L'alchimie du groupe est ce que la critique salue le plus unanimement, et de notre côté on confirme : la série tient sur des regards, des silences et un métier que seules trois décennies de carrière donnent. Pas besoin de têtes d'affiche de vingt ans pour accrocher, The Boroughs en fait la démonstration épisode après épisode.
Ce n’est pas une série des frères Duffer
Matt et Ross Duffer ne sont pas les créateurs de The Boroughs, ils la produisent via leur société et lui prêtent leur label Stranger Things. La plume revient à Jeffrey Addiss et Will Matthews, le duo derrière Le Dark Crystal : Le Temps de la résistance. Ça se sent à l'écran, puisque la série lorgne moins vers le clone de Stranger Things que vers le cinéma choral des années 1980, celui des grands récits d'ensemble à la Spielberg, mais avec des héros qui ont l'âge d'avoir vu ces films à leur sortie. Attendre un nouveau Hawkins, ce serait se tromper de série.
Alors, faut-il la regarder ?
Oui, et sans trop tergiverser. The Boroughs réussit le pari le plus difficile du moment, exister par une idée neuve au milieu d'un océan de suites et de reboots. Le même week-end, au cinéma, Backrooms pulvérisait les records d'A24 avec un autre concept original, preuve qu'un public entier attend qu'on lui propose autre chose que du déjà-vu. La série n'est pas irréprochable pour autant, son rythme prend son temps et certains effets surnaturels trahissent un budget de télé plutôt que de blockbuster. Mais l'émotion que ses vétérans tirent du moindre plan rachète largement ces réserves.

Si vous cherchez de l'action frénétique et un jump scare toutes les dix minutes, passez votre chemin. Si vous voulez une série de genre qui ose ralentir, faire confiance à ses acteurs et regarder la mort en face avec tendresse, c'est exactement le binge qu'il vous faut ce week-end. On avait sous-estimé The Boroughs, on a eu tort, et il n'y a pas de meilleur moment pour s'en rendre compte que maintenant, pendant qu'elle est numéro un mondial sur la plateforme.
Vous l'avez déjà lancée ? Venez nous dire en commentaires si le casting vous a cueilli autant que nous.





