Spider-Man : Brand New Day a beau tout défourailler au box-office mondial — où il vient de passer les 2,02 milliards de dollars de recettes mondiales et approche des six millions d’entrées en France —, il a quelques défauts, comme tout bon film Marvel Studios qui se respecte. Et parmi eux, j’en ai trouvé un tout particulièrement : le patinage artistique des personnages secondaires (les méchants surtout), qui n’apportent aucun relief à l’intrigue.
Parce que la vraie antagoniste du récit, c’est Jean Grey — Sadie Sink. Tous les autres méchants cultes de l’univers du tisseur sont réduits à un caméo introductif (Tombstone, Boomerang, Tarantula), une apparition de fin (La Main) ou alors un rôle de faire-valoir (Scorpion). Et le dernier cité nous fait un peu mal parce qu’il est un vilain culte des comics, à côté de Mysterio, Shocker, Vautour, Rhino ou encore l’Homme-Sable. Il est joué par Michael Mando, déjà interprète de Mac Gargan dans Homecoming (2017) et qui a dû patienter quasiment une décennie avant que Marvel ne se décide à le sortir du placard.
Un Scorpion réduit au rôle de punching-ball

Seulement voilà, Scorpion, dans ce film, n’en est réduit qu’à deux scènes mineures, dont un affrontement contre Spidey où il est sous le contrôle de Jean Grey. Pour le retour terre-à-terre de notre araignée sympa du quartier, c’est vache maigre. Surtout que certains pensaient à une surprise avec l’introduction mystère de Martin Li (Mister Negative), mais non. Scorpion se fait lobotomiser par Jean Grey, malmener par Spider-Man qui mute et finit en taule.
On parle d’un personnage iconique introduit dans les comics de Stan Lee et Steve Ditko en 1965, dans la culture populaire depuis plus de soixante ans maintenant. Son histoire collait largement avec les ambitions street-level de Brand New Day puisque son histoire implique un J. Jonah Jameson, qu’on n’a toujours pas revu dans Brand New Day depuis No Way Home, alors qu’il existe — et il est toujours incarné par J.K. Simmons.
Initialement, Mac Gargan est détective privé et suit Peter Parker pour savoir comment ce dernier connaît Spider-Man. Jameson finance des expériences qui transforment Gargan en prédateur de Spider-Man, avec des pouvoirs surhumains et une queue mécanique. Dans les comics, Gargan possède une force, une vitesse, une endurance et des réflexes surhumains comparables à ceux de Spider-Man. Il a régulièrement été présenté comme physiquement plus puissant ou, au minimum, capable de rivaliser frontalement avec lui. Ce qui permet à Peter de prendre le dessus, c’est davantage son intelligence, son agilité et sa maîtrise du combat.
Dans Spider-Man : Brand New Day, le personnage est un punching-ball.
Déjà, il est le résidu encore vivant d’une compagnie de potes la compote qui récupèrent la technologie Stark pour faire le mal. Il faut arrêter avec ça parce que ça dénature complètement les vilains de l’univers. Shocker en a été réduit à n’être qu’un gars en parka jaune avec un gant magique — que le dernier film réutilise — tandis que Mac Gargan a un exosquelette entièrement artificiel. Aucune allusion, par ailleurs, à son copain Vautour (Michael Keaton), téléporté dans l’univers Sony qui vient de mourir — et dont on espère que la TVA aura élagué la branche. En résumé, il se fait bananer sévère en peu de temps.
Dix ans d’attente pour ça ?

Ensuite, Mac Gargan, dans les comics, c’est un personnage tragique. Mais Marvel semblait avoir trop à faire avec Jean Grey sur ce versant-là des émotions, alors il n’y a plus rien. Rappelons qu’initialement, l’expérience dont a été victime le personnage massacre petit à petit ses fonctions cognitives. Il développe alors une vraie haine incontrôlée contre Spider-Man, comme on le lui a demandé, mais aussi contre Jameson, qu’il juge responsable du désastre.
Enfin, on attend toujours un dernier fait important : que le Scorpion devienne vraiment Venom comme dans les comics. Parce qu’une petite goutte de Venom a été laissée lors de la scène post-générique de No Way Home et qu’on attend toujours que Marvel sache quoi faire avec le symbiote. Ce qui est décevant, au-delà du non-respect de l’ADN du personnage dans les comics (Marvel est plutôt coutumier de cela donc passons), c’est d’avoir attendu quasiment dix ans pour faire revenir Michael Mando pour se servir de lui uniquement pour présenter le quotidien de Spider-Man.
C’est sacrifier un nouveau méchant iconique — après l’éviction de Vautour dans un univers mort, le vrai-faux retour de Mystério qui n’arrivera jamais, le Rhino qui s’est fait humilier dans le Kraven de Sony — pour des raisons absurdes et pas hyper intéressantes. Depuis la sortie du film, Mando insiste sur le potentiel inexploité de Gargan. Il explique que ce qu’on voit dans Brand New Day n’est que le « level one » du personnage et qu’il imagine encore plusieurs niveaux d’évolution, jusqu’à sa transformation potentielle en Venom. Il souhaite à l’avenir que le studio prenne le temps de l’instaurer encore plus. Et j’espère que ça ne sera pas encore dans dix ans supplémentaires.
Et vous, vous pensez quoi du personnage et de son traitement ?
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