On a eu droit à des adaptations du Seigneur des Anneaux, de The Witcher, de La Roue du Temps, de Game of Thrones. On aura bientôt God of War, le Cosmère de Sanderson, et une dizaine de projets fantasy en développement sur toutes les plateformes de streaming. Mais personne ne touche au mastodonte de ces dernières années : World of Warcraft.
Vingt ans de lore. Des dizaines de milliers de pages d'histoire. Des personnages que des millions de joueurs connaissent par cœur. Des cinématiques qui font pleurer des adultes. Et pourtant, rien. Alors faisons l'exercice : à quoi ressemblerait une série WoW imaginée comme Game of Thrones ?
Une lore qui rivalise avec Tolkien

C'est tout sauf exagérer. L'univers de Warcraft s'étend sur plus de 10 000 ans d'histoire documentée. La Guerre des Anciens, l'invasion de la Horde, la chute de Lordaeron, la Troisième Guerre, l'ouverture de la Porte des Ténèbres. Chaque arc narratif pourrait remplir une saison entière, voire plus. Et contrairement à beaucoup d'univers fantasy, celui-ci a été nourri, étendu et approfondi par des romans, des bandes dessinées, des courts-métrages et vingt ans de contenu en jeu. Warcraft I, II et III, World of Warcraft... Hearthstone.

La mythologie est là. Les Titans qui ont façonné Azeroth. Les Dieux Très Anciens emprisonnés sous la surface. Le Néant et la Lumière en guerre éternelle. Sargeras et la Légion Ardente qui menacent de tout consumer. On parle d'un univers qui a sa propre cosmologie, ses propres règles, sa propre théologie. Le genre de fondation sur laquelle on peut construire dix saisons sans jamais manquer de matière.
Des personnages taillés pour le petit écran
Oubliez deux minutes les classes et les barres de PV. Pensez aux personnages.
Arthas Menethil. Un prince vertueux qui sombre dans la folie pour sauver son peuple, massacre sa propre cité, tue son père et devient le Roi-Liche — le tyran mort-vivant le plus iconique du jeu vidéo. Son arc, c'est Walter White en armure. C'est Anakin Skywalker en mieux écrit. De Stratholme au Trône de Glace, c'est une tragédie shakespearienne qui n'a besoin d'aucune adaptation : elle est déjà parfaite.

Illidan Hurlorage. Le chasseur de démons trahi par les siens, enfermé dix mille ans dans une prison, libéré pour combattre un mal pire encore. Antihéros absolu, moralement gris, prêt à tout sacrifier — y compris lui-même — pour vaincre la Légion. « Vous n'êtes pas prêts » n'est pas juste une réplique de jeu vidéo : c'est une narration à elle seule.

Sylvanas Coursevent. Ranger-Général des elfes de haut, tuée et ressuscitée en banshee par Arthas, elle reprend sa volonté et fonde les Réprouvés. Leader impitoyable, manipulatrice, brisée mais indomptable. Le genre de personnage féminin complexe que la télévision adore, et qu'elle réussit rarement aussi bien.

Thrall. Un orc élevé en esclavage par les humains, qui s'échappe, réunit les clans, fonde Orgrimmar et tente de donner à la Horde un avenir honorable. C'est Moïse croisé avec Ned Stark. La figure noble condamnée à voir ses idéaux trahis par ceux qu'il a libérés.

Des décors que le cinéma n'a jamais montrés
Fermez les yeux. Hurlevent, ses remparts blancs dominant la vallée, sa musique qui vous prend aux tripes dès que vous passez le pont. Orgrimmar, taillée dans la roche rouge de Durotar, brutale et fière. Dalaran, la cité flottante des mages, suspendue entre les nuages. Fossoyeuse, l'ancienne capitale de Lordaeron, ses couloirs royaux reconvertis en cryptes par les morts-vivants. Darnassus, la cité elfique dans les branches de Teldrassil avant qu'elle ne brûle.

Chaque capitale raconte une histoire immense, incarne une faction, porte les cicatrices de décennies de guerre. Le film Warcraft de 2016 avait à peine effleuré ce potentiel visuel. Avec les budgets actuels des séries de prestige et les progrès du CGI, imaginez ce que donnerait le siège d'Orgrimmar ou la chute de Lordaeron sur écran.
Trois saisons déjà écrites
Il n'y a rien à inventer. La structure narrative existe déjà :
Saison 1 — Warcraft III : Reign of Chaos. La chute d'Arthas. Le prince de Lordaeron qui découvre la peste, qui prend la décision de purger Stratholme, qui part en Norfendre chercher Frostmourne, et qui revient en tuant son propre père. Parallèlement, Thrall qui unit les orcs et les mène vers Kalimdor. Les deux récits convergent vers la Bataille du Mont Hyjal, où Horde, Alliance et Elfes de la Nuit s'allient pour la première fois contre la Légion Ardente.

Saison 2 — The Frozen Throne. Illidan libéré. La montée en puissance de Sylvanas. Arthas qui fusionne avec le Roi-Liche. La fondation des Réprouvés. Les lignes morales s'effacent, les alliances se brisent, les trahisons s'accumulent, du pure wow cinématique, bien tissé et faisable.

Saison 3 — Wrath of the Lich King. L'assaut final contre le Norfendre. Le siège de la Citadelle de la Couronne de Glace. Arthas sur son trône, entouré de morts. Et cette révélation à la toute fin : « Il faut toujours un Roi-Liche. » Une conclusion qui explose en douceur la saison 8 de Game Of Thrones, et qui hanterait les spectateurs pendant années, mais pour de bonnes raisons cette fois-ci.
Trois saisons qui tiennent la route, sans showrunner obligé de nous pondre une fin cutée parce que l'auteur n'a pas terminé ses bouquins.
La fan base est déjà là
World of Warcraft a compté jusqu'à 12 millions d'abonnés simultanés à son apogée. Même aujourd'hui, chaque extension attire des millions de joueurs. La communauté est mondiale, passionnée, et surtout, elle connaît la lore par cœur. Si on ne trahit pas la matériau source, la série pourrait connaître un succès mondial.
C'est d'ailleurs la leçon que toutes les adaptations récentes auraient dû retenir. The Witcher a perdu ses fans en s'éloignant des livres. Les Anneaux de Pouvoir a divisé en réinventant Tolkien, la saison 1 à peine terminée qu'on savait à quoi s'en tenir. Game of Thrones s'est effondré quand le matériel source a manqué. WoW n'a pas ce problème : le scénario est terminé, testé et approuvé.
Alors pourquoi personne ne le fait ?

Les droits appartiennent à Blizzard (Microsoft). Le film de 2016 a rapporté 439 millions de dollars dans le monde, sans être un échec,, il ne fut pas non plus un succès (merci les States). Et le format cinéma ne convenait tout simplement pas : trop de lore pour deux heures.

Mais en série, avec le format actuel des plateformes, des saisons de 8 à 10 épisodes, des budgets de 15 à 20 millions par épisode ? Warcraft pourrait exploser. Microsoft possède les droits et les moyens. Il ne manque qu'un showrunner assez fou, sinon je me propose, et assez respectueux, je me propose toujours, pour s'y attaquer.
En attendant, on continuera à regarder les cinématiques de Blizzard en se disant qu'un jour, peut-être, quelqu'un comprendra que le plus grand univers fantasy non adapté est juste sous nos yeux.




