Send Help, c’est ce petit film d’horreur printanier au budget de 40 millions de dollars qui a rapporté plus du double à l’échelle mondiale — et qui a surtout propulsé le retour dans la lumière de Sam Raimi. Loin des gros sabots d’un blockbuster Marvel comme Doctor Strange in the Multiverse of Madness (2022), le cinéaste revient à une comédie cynique, violente et sombre avec cette histoire presque banale : Linda Liddle (Rachel McAdams) se fait harceler par son méchant patron, Bradley (Dylan O’Brien). Lors d’un voyage en avion pour un séminaire d’entreprise, tous deux se crashent sur une île déserte. Manque de pot, le patron va devoir faire confiance à sa secrétaire qui s'avère être une survivaliste aguerrie.
Un vrai exutoire humain

C’est violent, c’est drôle, c’est crasse et c’est volontairement subversif. Sam Raimi crée des clichés en pagaille pour mieux les exploser à la dynamite, en témoigne l’utilisation des personnages gravitant autour du duo central. La copine de Bradley est un cliché sur pattes, l’exemple type de la petite amie peu intelligente. Raimi s’en amuse de façon sauvage en l’exécutant brutalement, puis en la réutilisant pour les gimmicks horrifiques qui constituent son ADN. Le film n’abuse pas des jump scares, mis à part un effet très réussi qui permet une légère incursion du surnaturel pour mieux se concentrer sur la fausse alchimie du duo. Moins d'horreur pure, peut-être, mais l’histoire pousse aisément le curseur de la violence à son paroxysme.
Send Help propose un moment de tension assez suspendu, totalement bien joué, où Linda va simuler un acte barbare sur Bradley pour le forcer à se soumettre. Par l’utilisation du hors-champ, du son et de gros plans très gênants, le film instaure un malaise palpable qui distille la vraie violence. Pas de choc graphique ici : tout se joue dans les échanges, les caractères et les dialogues. Ce melting-pot fait de Send Help un film drôle, simple et efficace, capable de désarçonner son spectateur.
Des retournements de situation continus

Parce que les effets de surprise, il y en a à foison. Linda est-elle gentille ? Pas vraiment. Bradley est-il méchant ? Pas vraiment. Tout n’est pas binaire. Film de survie ? C’est rapidement désamorcé. Fin manichéenne ? Clairement pas. Elle est volontairement subversive, faite pour faire hurler ceux qui attendaient plus de clarté. Si vous avez peur d’y trouver un produit bourré de jump scares, ne vous laissez pas tromper par la marchandise. Ce Send Help est non seulement génial, avec une vraie morale saccagée — à l'image de ce pauvre sanglier —, mais ses transitions (notamment avec une canne de golf) sont terriblement drôles et bien senties. On sent un amour pour le subversif, le grivois et le grossier, et une envie sincère de le retranscrire par le cinéma. C’est une proposition vraiment trop rare aujourd’hui dans le paysage de l’horreur.
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