Faute d'avoir convaincu l'industrie par le dialogue, les autorités européennes de protection des consommateurs ont ouvert des enquêtes contre neuf éditeurs de jeux vidéo, de Mojang (Minecraft) à Riot Games (Valorant) en passant par Ubisoft, seule société française de la liste, pour For Honor. Le réseau CPC, qui réunit ces autorités sous la coordination de la Commission européenne, veut savoir comment ces jeux vendent leurs monnaies virtuelles.
Supercell (Clash of Clans), King (Candy Crush Saga), Crytek (Hunt: Showdown 1896), InnoGames (Forge of Empires), Plarium (Mech Arena) et Playrix (Gardenscapes) complètent la liste. En Belgique, le SPF Économie a confirmé enquêter sur Clash of Clans. Une action séparée vise Activision Blizzard pour Diablo Immortal et Call of Duty Mobile, avec un champ bien plus large qui couvre aussi la collecte des données personnelles, les mécaniques addictives, les réglages par défaut du contrôle parental, la publicité adressée aux enfants et le blocage des comptes. Microsoft est donc concerné deux fois, par Mojang et par Activision Blizzard, à qui il vient de confier Halo et Rare. Diablo Immortal n'en est pas à son premier accroc en Europe, puisque Blizzard avait renoncé à le sortir en Belgique et aux Pays-Bas à cause des lois de ces deux pays sur les loot boxes.

Prix réel, surplus de monnaie et droit de rétractation dans le viseur
Les enquêtes s'appuient sur les principes publiés par le réseau en 2025. Bruxelles veut que les éditeurs affichent le prix réel des objets et des monnaies, renoncent aux devises multiples ou aux taux de conversion qui brouillent ce prix, informent clairement avant l'achat et rédigent des conditions d'utilisation compréhensibles. Deux points touchent directement le portefeuille. Le premier demande de ne pas pousser le joueur à acheter plus de monnaie qu'il n'en a besoin pour progresser. On pense aussitôt aux packs de gemmes calibrés pour laisser un reliquat qui incite à racheter. Le second rappelle le droit de rétractation de 14 jours, qui vaut selon ces principes pour la monnaie virtuelle non dépensée.
La liste ne se limite pas aux jeux gratuits sur mobile. Minecraft, For Honor et Hunt: Showdown 1896 sont des jeux payants, ce qui rend le cas d'Ubisoft plus gênant que celui de King. À l'inverse, Pearl Abyss avait fait de l'absence de microtransactions un argument de vente pour Crimson Desert.

Le dossier remonte au Conseil norvégien des consommateurs, dont le rapport « Getting Played » avait conduit 22 associations européennes à porter plainte en 2024, notamment contre les éditeurs de Fortnite, d'EA Sports FC 24, de Minecraft et de Clash of Clans. Les deux premiers ne figurent pas dans la liste publiée, sans explication de la Commission. Thomas Iversen, juriste de l'organisation norvégienne, parle d'un « pas dans la bonne direction » et prévient que « quand l'industrie choisit d'ignorer à la fois la loi et des lignes directrices contraignantes, le chemin vers des sanctions sévères devrait être court ».
Le communiqué ne fixe ni échéance ni amende, si bien que rien n'oblige ces boutiques à changer dès demain. Je trouve pourtant le virage net, puisque Bruxelles reconnaît noir sur blanc que les discussions engagées avec l'industrie n'ont pas donné de « résultats satisfaisants ». Ubisoft aurait tort de prendre cette liste à la légère.



