Perfect Blue : Le "tambour de machine à laver" de l'animation

J’ai récemment découvert Perfect Blue, chef-d’œuvre d’animation de Satoshi Kon sorti en 1997. Ambiance glauque et thriller psychologique au programme : Mima, une chanteuse adulée et populaire, essaie de se lancer dans une seconde carrière au cinéma. Mais les projets ne sont pas très nets, son image en prend un vilain coup et les désagréments s'enchaînent.
De plus en plus, j’aime le qualificatif de « tambour de machine à laver » pour désigner ces films qui épuisent violemment et émotionnellement le spectateur. On peut citer les œuvres de Gaspar Noé, le Utoya d’Erik Poppe ou encore les récents The Drama et Marty Supreme. Perfect Blue s'inscrit parfaitement dans cette lignée.
Un film à tiroirs sur le naufrage d'une icône

On est ici dans un pur film à tiroirs, le genre de long-métrage qui propose une histoire pour mieux creuser des thématiques violentes mais essentielles. Cas d’école d’une animation malsaine et psychologiquement difficile, Perfect Blue est une mise en abyme d’une icône et de tous les travers qui l’entourent :
Les « stalkers » et leur violence morale dévastatrice.
Les managers toxiques prêts à tout pour une carrière.
La perte de soi face aux attentes d'un public de plus en plus exigeant.
Ce qui est intelligent, c’est que le film joue sur la corde sensible du thriller avec une finesse et un sens de la montée en pression assez impressionnants.
Une agression sonore et sensorielle

Pire encore, les artifices sonores sont très éprouvants. On a parfois l’impression d’être à la Gare du Nord à Paris : un environnement qui nous prend à la gorge, ne nous laisse jamais respirer et instille la sensation désagréable de pouvoir se faire percuter par un véhicule à n’importe quel moment de ces 80 minutes.
Un inconfort méchant et mesquin, mais terriblement réel. Perfect Blue possède une caisse de résonance incroyable avec les trajectoires artistiques d’aujourd’hui. Il livre le constat amer qu’il faut parfois travestir ses idéaux pour réussir, quitte à se perdre en route. Mima, par sa naïveté, illustre parfaitement la dangerosité d’un système auquel on n’est pas préparé.
C’est effectivement un chef-d’œuvre d’animation — tant graphiquement pour son époque que dans son ADN — mais attention : ce n'est pas à mettre devant tous les regards.
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