Un western plutôt qu'un super-héros
Pendant dix-sept ans de franchise X-Men, Wolverine était avant tout un personnage utile, surpuissant rongé de quelques remords lui permettant de transformer sa colère en arme. Dans Logan, James Mangold en fait un homme, vieux, cassé, qui tousse du sang et se traîne d'une mission de chauffeur à l'autre dans un Texas poisseux. Ses griffes se rétractent mal, sa régénération flanche. Hugh Jackman joue ça dans le corps, dans l'économie des gestes, on ressent vraiment l'acteur qui connaît son personnage depuis plus de dix-sept ans et décide de tout mettre en oeuvre pour la dernière fois, force, courage, coeur, tout est palpable dans ce qui devait être l'ultime baroud de l'acteur Australien en mutant.

La référence à Shane dépasse l'hommage cinéphile, James Mangold en a fait le plan du film entier, et il n'en fait pas mystère, il montre Shane à l'écran dans une scène entre Xavier et Laura. Un homme violent qui protège ceux qu'il aime une dernière fois, puis disparaît. Le parallèle est intact.
La photographie de John Mathieson colle à ça. Terreuse, poisseuse, sans un seul plan de ciel dégagé. Les décors, ici le Texas aride, la frontière mexicaine, les usines abandonnées, ne sont pas de vulgaires toiles de fond mais des miroirs de Logan. Un monde épuisé pour un homme épuisé.
Xavier et Laura
Patrick Stewart livre probablement sa meilleure performance en Charles Xavier. Ce n'est plus le professeur omniscient mais un vieillard dont le cerveau, notoirement l'arme la plus puissante de la planète, se dérègle. Il y a une cruauté dans ce choix scénaristique qui aurait pu être gratuite, mais qui ne l'est pas. Patrick Stewart la joue avec une dignité fragile qui serre la gorge et prend aux tripes.

Dafne Keen avait onze ans, elle vole la vedette à Hugh Jackman et Patrick Stewart avec une intensité qui, au revisionnage, donne encore la chair de poule. Marvel's Wolverine d'Insomniac, attendu en septembre 2026, aura du mal à composer avec cet héritage-là.
La mort qui pèse
Logan meurt dans un champ, la main de sa fille dans la sienne. Une scène simple, celle d'un homme qui, après dix-sept ans de films et d'immortalité forcée, accepte enfin de mourir. La scène tire sa force de là, on connaît ce personnage, on a vieilli avec lui, sa fin nous atteint sans artifice hollywoodien spectaculaire.

Deadpool & Wolverine était fun, et Hugh Jackman n'en a clairement pas fini avec Wolverine, entre les rumeurs autour d'Avengers: Doomsday et ce qui suivra. Ces retours ne diminuent pas Logan. Si quoi que ce soit, ils confirment pourquoi cette mort avait de l'importance et ce que le genre a perdu quand il a décidé de ne jamais vraiment en finir avec ses personnages.
Neuf ans après, Logan tient toujours la barre haute. Et personne depuis n'a su faire un film de super-héros qui lui ressemble, ni chez Marvel ni ailleurs, c'est un film sérieux qui reste fondamentalement unique à bien des égards, l'industrie en avait besoin mais n'en tira aucune leçon.
