Mise à jour du 2 octobre 2026. Au 29 septembre, le diptyque La Bataille de Gaulle totalise 5 894 521 entrées en France selon les chiffres hebdomadaires relayés par AlloCiné, dont 3 141 526 pour L’Âge de fer (17e semaine) et 2 752 995 pour J’écris ton nom (14e semaine). Toujours à l’affiche, les deux volets sont les deuxième et troisième films français de l’année derrière Marsupilami. Les projections que nous faisions à la mi-août sont déjà dépassées.
Le diptyque n’est donc pas un fiasco. Chaque film a franchi les 2,5 millions d’entrées que nous fixions comme minimum pour sauver la face, tandis que l’ensemble talonne désormais Les Trois Mousquetaires. Ce n’est pas pour autant un succès financier en salles. Les 5 millions d’entrées par film qui auraient constitué une base confortable restent loin. Surtout, la recette brute du distributeur en France plafonne, selon notre estimation, autour de 16 millions d’euros pour un budget de 75 millions. La rentabilité se jouera après les salles, à l’international, en VOD et à la télévision.
Si on s’est autant coltiné l’évolution du box-office du diptyque La Bataille de Gaulle, rassurez-vous, on a presque terminé. Il mérite un focus tout particulier parce qu’il représente un cas d’école assez rare dans notre écosystème cinématographique français.
On peut clairement parler de très gros blockbusters à la française, représentant un investissement d’environ 74 à 75 millions d’euros au cumulé pour signer plus de cinq heures de long-métrage. Un financement massif et forcément risqué pour Pathé, qui a pourtant l’habitude de ces énormes productions. À titre de comparaison, Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu, qui est nul même si on a essayé de le défendre, avait coûté environ 65 millions d’euros. Le diptyque des Trois Mousquetaires a coûté près de 72 millions d’euros et Le Comte de Monte-Cristo autour de 42 millions, avec des fortunes diverses.
Forcément, le risque était entier parce que Monte-Cristo, assurément l’œuvre qui a le mieux performé parmi la bande des projets chers de Pathé, était calibré pour toucher tous les publics. Il a également eu une viralité assez impressionnante sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok. La donne était un peu plus complexe pour La Bataille de Gaulle, qui faisait office de film historique davantage susceptible, sur le papier, de séduire un public plus âgé. Il aura fallu que Pathé apprenne à faire de la com’ de jeune, quitte à faire passer le film pour des trucs qu’il n’est pas (ci-gît la promotion absurde d’une romance entre Churchill et De Gaulle).
La stratégie s’est d’ailleurs progressivement tournée vers un public plus jeune, avec notamment des opérations autour d’Inoxtag et des projections ciblées. Le Général et ses ouailles se seront néanmoins sauvés les miches grâce à un bouche-à-oreille stratosphérique. Il y en a eu, des trajectoires sinueuses et singulières de films au box-office, mais rarement comme ça.
Une remontada que personne n’avait vraiment vue venir

Prenons La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer et son histoire.
Sorti le 3 juin sur 566 copies, le premier volet démarre à environ 388 000 entrées. Aïe, coup dur pour Charles. La deuxième semaine tombe autour de 231 000 entrées, soit la trajectoire de chute classique d’un blockbuster à la française. Puis le mini-miracle s’enclenche, avec environ 271 000 entrées en troisième semaine et 464 000 en quatrième, boostées par la Fête du Cinéma et l’arrivée anticipée de J’écris ton nom, que Pathé a avancé d’une semaine au vendredi 26 juin. La dynamique est assez dingue. Après avoir perdu environ 40 % de son public en deuxième semaine, le premier film a progressé de 17 % en troisième, puis de 71 % la semaine suivante, en passant de 566 à 937 copies. Viennent ensuite 291 000, 285 000 puis 202 000 entrées en semaines 5, 6 et 7, des maintiens exemplaires que partage J’écris ton nom.
À la mi-août, au moment de la première version de cet article, on tournait autour de 2,6 millions d’entrées pour le premier et 2,1 millions pour le second, soit 4,7 millions de tickets cumulés. Boxoffice Pro relevait encore début août des reculs très faibles pour L’Âge de fer, dont seulement -14 % sur la semaine du 5 au 11 août. Pour les deux films, le rythme a tenu de la mi-août au 22 septembre, avec des baisses hebdomadaires comprises entre 7 % et 18 %, avant un décrochage plus net la dernière semaine du mois, face aux sorties de Heart of the Beast et de Garance (-31 % pour J’écris ton nom, -38 % pour L’Âge de fer). Le diptyque cumule désormais 5 894 521 tickets, ce qui ne fait pas forcément autant de personnes différentes puisque certains ont évidemment vu les deux.
Et quand on vous parle de trajectoire singulière, rendez-vous compte que la septième semaine du premier film correspond quasiment à sa deuxième. Personne ne l’avait vu venir. En août, nous imaginions une fin de course autour de 3 millions d’entrées pour le premier et entre 2,5 et 2,7 millions pour le second. Les deux fourchettes sont déjà dépassées, alors que les films sont toujours à l’affiche.
Calculer la rentabilité à partir des 5,9 millions cumulés va donc nous permettre d’avoir un aperçu bien plus solide qu’en août. Pour rappel, les calculs qui suivent sont une estimation, pas de vrais trucs sortis directement de la comptabilité de Pathé. Il est en effet impossible de quantifier exactement les recettes finales d’un film sans connaître les contrats, les différents investisseurs, la répartition des droits et combien ils sont dans tout ce tintouin. Mais on va essayer de tout gratter.
Nombre d’entrées de La Bataille de Gaulle, semaine par semaine
Voici le parcours complet des deux volets au box-office France, en entrées hebdomadaires arrondies au millier, semaines du mercredi au mardi. Sorti un vendredi, J’écris ton nom ne compte que cinq jours dans sa première semaine. Les chiffres de la semaine en cours sont à retrouver sur notre classement complet du box-office France.
Semaine | L’Âge de fer | J’écris ton nom |
|---|---|---|
3 au 9 juin | 388 000 | pas encore sorti |
10 au 16 juin | 231 000 | pas encore sorti |
17 au 23 juin | 271 000 | pas encore sorti |
24 au 30 juin (Fête du Cinéma) | 464 000 | 403 000 |
1er au 7 juillet | 291 000 | 410 000 |
8 au 14 juillet | 285 000 | 369 000 |
15 au 21 juillet | 202 000 | 308 000 |
22 au 28 juillet | 175 000 | 255 000 |
29 juillet au 4 août | 157 000 | 206 000 |
5 au 11 août | 135 000 | 163 000 |
12 au 18 août | 112 000 | 136 000 |
19 au 25 août | 102 000 | 126 000 |
26 août au 1er septembre | 89 000 | 107 000 |
2 au 8 septembre | 79 000 | 88 000 |
9 au 15 septembre | 68 000 | 74 000 |
16 au 22 septembre | 56 000 | 64 000 |
23 au 29 septembre | 35 000 | 44 000 |
Cumul au 29 septembre | 3 141 526 | 2 752 995 |
Sources : AlloCiné pour les cumuls et la plupart des semaines, Ciné-Directors pour les trois semaines de fin juillet et début août (absentes des tableaux d’AlloCiné) ainsi que pour le nombre de copies.
Au classement annuel arrêté au 29 septembre, L’Âge de fer est le septième film le plus vu de 2026 en France et le deuxième film français derrière Marsupilami (6 146 445 entrées). J’écris ton nom se classe dixième, troisième production française de l’année, devant Tombé du ciel (2 177 990) et Gourou (2 040 685). Fin septembre, les deux films tournaient encore sur 462 et 494 copies, ce qui leur laisse quelques semaines d’exploitation.
Le diptyque se trouve désormais à moins de 20 000 entrées des Trois Mousquetaires, dont les deux volets avaient réuni 5 914 014 entrées (3 337 706 pour D’Artagnan, 2 576 308 pour Milady, selon AlloCiné). Avec près de 80 000 tickets vendus sur sa dernière semaine, il devrait passer devant dans la semaine du 30 septembre au 6 octobre, même avec l’arrivée de L’Âge de fer en achat numérique le 1er octobre. Nous tablons sur une fin de course tout près des 6 millions d’entrées cumulées.
5,9 millions d’entrées : combien cela rapporte réellement ?

En 2025, la recette moyenne par entrée était d’environ 7,42 euros selon les chiffres du CNC, rapportés par Le Parisien.
On serait donc, avec 5,89 millions d’entrées cumulées, sur environ 43,7 millions d’euros dépensés aux guichets pour les deux films, contre 34,9 millions à la mi-août.
Vous connaissez mon refrain depuis que j’ai plongé le tarin dans les rentabilités de Valérian, Black Phone 2 ou Marsupilami. Les recettes ne vont évidemment pas toutes dans la poche du producteur ou du distributeur.
Il faut prendre en compte la TVA, la TSA, les droits musicaux, la part de l’exploitant, puis toute la mécanique contractuelle du distributeur. Le taux de location entre la salle et le distributeur varie énormément. Lucy Finance estime néanmoins que, pour un film adulte principalement exploité en multiplexe, la recette brute distributeur unitaire se situe autour de 2,70 euros par entrée. La même étude rappelle que cette somme varie en fonction du prix des billets, des abonnements, des réductions et d’opérations comme la Fête du Cinéma.
Appliquée aux cumuls arrêtés au 29 septembre, cette moyenne donne les ordres de grandeur suivants.
L’Âge de fer : 3,14 millions × 2,70 € = environ 8,48 millions d’euros de recette brute distributeur.
J’écris ton nom : 2,75 millions × 2,70 € = environ 7,43 millions d’euros.
Soit autour de 15,9 millions d’euros cumulés, contre 12,7 millions en août. Vous vous direz naturellement que c’est un fiasco, puisqu’ils récupèrent 15,9 millions sur 75. C’est beaucoup plus compliqué que ça.
Déjà, les 74-75 millions correspondent au budget de production du diptyque. Les dépenses de sortie et de distribution viennent en supplément. Le CNC estimait, dans une étude portant sur les films sortis en 2022, que les frais d’édition représentaient en moyenne 8,3 % du coût définitif pour les films ayant coûté au moins 15 millions d’euros. Ces frais regroupent notamment les achats d’espaces publicitaires, la promotion, le matériel publicitaire et les frais techniques.
Si on appliquait mécaniquement ce ratio au diptyque (ce qui reste une approximation, pas les comptes de Pathé), on serait autour de 6,5 à 7 millions d’euros supplémentaires. Voilà donc à quoi correspondent ces nouveaux millions qui me faisaient mal au crâne, principalement les frais d’édition et de distribution, dont une grosse partie correspond aujourd’hui à la promotion et à l’achat d’espaces publicitaires. Ce n’est pas simplement « payer pour que le film soit diffusé ».
Pathé n’a surtout pas financé 75 millions d’euros tout seul

Et c’est là que le raisonnement « 75 millions de budget contre 15,9 millions récupérés dans les salles françaises = catastrophe industrielle » commence sérieusement à prendre l’eau.
Ce qui sauve les miches de Charles, c’est le nombre gargantuesque de participants au financement. Pathé mentionne officiellement la participation de Canal+, Disney+, TF1, TMC, Sofitvciné 11 et 12, Indéfilms 12, Cinémage 18 et 19, SG Image 2022, du Tax Shelter belge, de Wallimage, ainsi que des crédits d’impôt québécois et canadiens.
À cela s’ajoutent notamment les régions Île-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Normandie, le CNC et le soutien à la production cinématographique du Maroc. Côté coproducteurs et structures associées, on retrouve notamment TF1 Films Production, Logical Content Ventures, Belvédère, Ness Films, Beside Productions, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, Aonia Ventures, Laurent Dassault Rond-Point, Ouroboros Entertainment ou encore Stags Participations.
Donc non, Pathé n’a pas sorti 75 millions d’euros de sa poche tout seul. Et ceux qui ont commencé à hurler « Au secours, catastrophe » lors de la deuxième semaine de L’Âge de fer (certains influenceurs ciné) en regardant simplement le rapport « entrées / budget » ont oublié une énorme partie de la mécanique. Nous avons d’ailleurs détaillé comment Pathé finance ses blockbusters français à gros budget, de Monte-Cristo aux Trois Mousquetaires.
Et là, on se heurte néanmoins à un problème de taille, puisque le plan de financement détaillé de La Bataille de Gaulle n’est pas public. On ne sait pas combien Pathé a réellement exposé de son propre capital, combien les préachats des chaînes et plateformes représentent, quels montants ont été apportés par les coproducteurs ou les SOFICA, ni quelle part des dépenses a été compensée par les différents crédits d’impôt.
Donc impossible de sortir un chiffre magique en disant : « Pathé a réellement risqué 40, 30 ou 20 millions. » Ce serait du doigt mouillé, on reste dans l’estimatif. Pathé ne devrait pas communiquer sur son bilan avant longtemps, comme EuropaCorp en son temps avec Valérian.
En revanche, on peut relativiser la prise de risque. Le CNC rappelle que le modèle français repose sur de nombreuses sources de financement et que les revenus finaux sont ensuite partagés entre producteurs français et étrangers, coproducteurs TV, SOFICA et éventuellement talents. Il insiste également sur la nécessité de prendre en compte l’ensemble du cycle d’exploitation d’un film avant de juger sa rentabilité.
Autrement dit (j’ai toujours mal au crâne), le coût de fabrication du diptyque ne correspond pas au capital réellement exposé par Pathé seul. Attention aussi à ne pas compter deux fois certains revenus. Les participations de Canal+, Disney+, TF1 ou TMC font déjà partie du financement du projet. On ne peut donc pas considérer automatiquement leurs futures diffusions comme un gros tas d’argent entièrement nouveau qui tomberait du ciel. En France, le diptyque passera d’abord par Canal+ avant d’atterrir sur Disney+ et TF1, selon Purebreak. Netflix, Prime Video ou Apple TV peuvent donc s’asseoir sur la perspective de le voir dans leur catalogue français.
Alors, La Bataille de Gaulle est-il rentable ?

Et c’est ce qui fait que donner une tendance nette sur le box-office d’un film encore en salles peut créer des nœuds au cerveau.
Tout n’est pas fini pour Leclerc, De Gaulle et Jean Moulin. Il reste notamment le marché international. Ce n’est pas anecdotique, puisque selon l’étude économique publiée par le CNC en juin 2026, les salles internationales génèrent en moyenne 36 % des recettes totales des films français étudiés et huit films français sur dix y trouvent une source de revenus.
Pour l’instant, l’étranger reste un appoint modeste. Box Office Mojo recense un peu plus de 2,1 millions de dollars de recettes hors de France pour L’Âge de fer et environ 750 000 dollars pour J’écris ton nom, avec les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Belgique en tête. Le second volet n’est sorti au Royaume-Uni que le 18 septembre.
Pathé a d’ailleurs préparé une exploitation internationale particulière pour La Bataille de Gaulle, avec la possibilité de commercialiser le diptyque sous la forme d’une mini-série de six épisodes auprès des diffuseurs étrangers. Il restera également la VOD, la vidéo physique, les exploitations télévisuelles et les plateformes. Là encore, le CNC rappelle que 90 % des recettes d’un film sont généralement réalisées au cours de ses deux premières années, mais que neuf films sur dix continuent encore à générer des recettes dix ans après leur sortie.
La vidéo prend d’ailleurs le relais dès maintenant. Selon Pathé, L’Âge de fer est disponible à l’achat numérique depuis le 1er octobre et arrive en location VOD le 7 octobre. J’écris ton nom suit à l’achat le 29 octobre, puis en location le 4 novembre, date de sortie des DVD, Blu-ray et 4K des deux films.
Eh oui, l’industrie du cinéma, ce n’est pas que les salles, c’est du merchandising total sous toutes ses coutures. Seule ombre au tableau, contrairement à Star Wars qui a pu éponger les dettes de The Mandalorian and Grogu en vendant des mini-Grogus en peluche, on ne verra pas de Charles de Gaulle en peluche.
Estimé autour de 5,5 millions d’entrées en août, le parcours du diptyque en salles devrait finalement se conclure tout près des 6 millions.

En résumé, on ne peut toujours pas démontrer que La Bataille de Gaulle est bénéficiaire. Mais on peut dire autre chose.
Quand tout le monde donnait le diptyque pour mort lors de la deuxième semaine de L’Âge de fer, le bouche-à-oreille a sauvé les films, comme nous l’écrivions dans notre tout premier article. Il leur a permis de rejoindre le niveau des Trois Mousquetaires et de se hisser juste derrière Marsupilami parmi les films français de l’année.
On est donc, au final, dans un boulevard assez vaseux où le diptyque a considérablement sécurisé ses arrières grâce à sa remontada en salles françaises et s’est construit une base beaucoup plus saine pour poursuivre son exploitation à l’international, sur les plateformes et sur les supports numériques ou physiques.
Et quand on sera en 2027, probablement, on devrait avoir un bien meilleur aperçu des conclusions à tirer. Mais retenez néanmoins une chose. Plus que les chiffres, De Gaulle a largement respecté cette barre des 2,5 millions d’entrées que je lui avais donnée comme seuil charnière pour limiter la casse de son lourd investissement et rendre son existence post-exploitation dans les salles françaises beaucoup moins difficile. Et comme les deux films sont bons (surtout le deuxième), c’est tout le mal qu’on souhaite au diptyque.

