Le premier Insaisissable proposait un concept séduisant. Le second montrait déjà des signes évidents d’essoufflement, sans doute accentués par le choix de Jon M. Chu, réalisateur davantage rompu aux films de danse qu’aux récits de braquage et de prestidigitation. Mais ce troisième volet franchit un cap dans l’absurde, cette fois sous la direction de Ruben Fleischer, connu pour Uncharted et Venom.
S’il fallait trouver une qualité à Ruben Fleischer, ce serait sans doute sa capacité à diriger Woody Harrelson. L’acteur en fait des tonnes, certes, mais demeure le seul élément vaguement salvateur du film. Le reste relève de la catastrophe industrielle.
Rarement un film aura autant sombré dans le sur-explicatif. Tout est constamment commenté, expliqué, prémâché. Les personnages passent leur temps à annoncer ce qu’ils vont faire, à décrire ce qui est sur le point de se produire, puis à expliquer ce qui vient d’avoir lieu. Le récit ne laisse aucune place à l’intelligence du spectateur, considéré comme incapable de comprendre la moindre situation sans un flot ininterrompu de dialogues explicatifs. À force de vouloir impressionner avec la « magie », le film ne fait que prendre son public pour un imbécile.

Les dialogues, justement, atteignent un niveau de vacuité sidérant. Une scène en particulier résume l’indigence de l’écriture : une nouvelle recrue remarque qu’une ancienne cavalière parle peu. La réponse tombe, absurde et creuse : « Oh pardon, mais tu sais faire des excuses ». Rien n’a de sens. Tout est téléphoné à des kilomètres.
Même Morgan Freeman semble égaré dans ce chaos narratif. Son personnage n’a plus qu’une fonction décorative, réduit à un simple MacGuffin sans réel impact sur l’intrigue. Le scénario, de son côté, part dans toutes les directions : un diamant à récupérer, un château surgissant sans justification, une organisation mystérieuse — « l’Œil » — qui explique absolument tout… ou plutôt qui sert à ne rien expliquer du tout. Chaque problème trouve sa réponse dans une phrase magique : « l’Œil l’a demandé ». Une facilité scénaristique confondante. À ce stade, il ne s’agit plus de tours de magie, mais de pouvoirs surnaturels sortis de nulle part. Tout est possible, donc plus rien n’a de valeur. Le film refuse toute limite, toute logique interne, et finit par s’effondrer sous le poids de sa propre paresse.
La saga Insaisissable semble avoir suivi une trajectoire inverse à toute ambition artistique : confiée d’abord à Louis Leterrier, puis à Jon M. Chu, elle trouve ici son tombeau définitif avec Ruben Fleischer. Ce troisième opus donne le sentiment d’avoir été conçu pour enterrer définitivement la franchise. À cela s’ajoute une représentation de la France affligeante : des policiers caricaturaux, idiots, amateurs de pétanque, dignes d’un cliché d’un autre âge. Le malaise est total.

Dans une salle pourtant comble, aucun rire. Pas une réaction. Les rares sourires proviennent exclusivement de Woody Harrelson, dont le charisme naturel parvient encore, par éclairs, à exister au milieu du naufrage.
Le film tente même d’introduire un conflit générationnel artificiel entre anciens et nouveaux cavaliers, sans la moindre subtilité ni nécessité narrative. Une mécanique paresseuse, plaquée là parce qu’elle semble obligatoire. Les dialogues atteignent alors des sommets de cliché : discours sur la « famille », la « joie retrouvée », l’appartenance à un groupe… Une accumulation de poncifs qui achève de vider le film de toute crédibilité. La révélation des scénaristes finit d’achever le constat : un binôme composé du scénariste de Top Gun: Maverick et de celui d’Abraham Lincoln: Chasseur de vampires. Le résultat laisse peu de place au doute sur l’influence dominante.
Insaisissable 3 est un film bruyant, vide, confus, insultant pour l’intelligence du spectateur et incapable de produire la moindre étincelle de magie. Une œuvre monstrueuse dans son indigence. À éviter absolument. Fuyez.
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