Les espaces liminaires : quand le vide devient terrifiant

Les espaces liminaires. Si dès qu’on vous lit ça, ça vous déclenche un mal de crâne, c’est normal : c’est une façon comme une autre d’appeler un espace vide, répétable à l’infini, un peu étrange, souvent surréaliste et dans lequel on a l’impression d’être observé. On peut également considérer qu’un espace liminaire est une zone tampon entre deux dimensions, une faille dans notre monde réel qui peut nous faire basculer ailleurs. C’est en 2019 que le truc gagne en popularité sur 4chan avec la légende urbaine des Backrooms. Initialement popularisé dans les jeux vidéo — quand un personnage traverse au moyen d’un glitch un mur ou un espace — ça arrive de plus en plus au cinéma.
Du glitch Nintendo à la légende urbaine

Si on doit vous citer comme ça un espace liminaire de jeu vidéo, le premier qui nous vient en tête nécessite de remonter à Super Mario 64 dans sa version sur Nintendo DS. Vous arrivez dans le château de Peach dans un endroit vide avec un miroir. En prenant une fleur d’invisibilité, vous pouvez traverser ce miroir et trouver une étoile secrète dans une pièce glitchée. Autre glitch célèbre : dans Pokémon Diamant et Perle, toujours sur Nintendo DS. En tentant de « freezer » sa console sur une ligne de démarcation graphique (accrochez-vous, c’est technique), cela crée un VOID, d’abord tout noir puis avec des décors buggués, chargés de vous emmener jusqu’à deux Pokémon légendaires : Darkrai et Shaymin (même Arceus c'était possible également), qui n’étaient jusque-là disponibles que par des événements Nintendo spécifiques.
Kane Parsons : la success-story d'A24

Les Backrooms ont connu une popularité terrifiante sur les réseaux sociaux, renforcée notamment par Kane Parsons, le premier à avoir réalisé un court-métrage à ce sujet. Sa vision des Backrooms était simple : de grandes pièces jaunes nues, avec moquette, comprenant quelques détails intrigants. Ces espaces peuvent également contenir des présences maléfiques, sorte de chassé-croisé entre monstres de la pire espèce et vieil électroménager prêt pour la décharge. Le court-métrage en found-footage est une petite dinguerie d’originalité qui a su marquer son monde, si bien que A24 est allé chercher Kane Parsons pour adapter son court en dirigeant l’oscarisé Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve, rien que ça — si la success-story du monsieur n’est pas applaudie, je n’y comprends plus rien. Rappelons que Backrooms sort en juin 2026 en France et deux semaines plus tôt aux États-Unis.
Le concept de l'anomalie : d'Exit 8 à la santé mentale

Mais ce ne fut pas le seul à prendre le concept à bras-le-corps. Exit 8 de Genki Kawamura (2025) a également repris le concept à partir d’un jeu vidéo source : un homme paumé dans un couloir de métro liminaire, répétable à l’infini, sauf si on trouve des anomalies. J’adore ce concept puissant qui permet très souvent de faire résonner des thématiques sociales profondes. Exit 8 parlait du deuil, de l’acceptation de la paternité et de la routine ; Backrooms semble lui parler de santé mentale, étant donné que Renate Reinsve joue la psychologue de Chiwetel Ejiofor. Dans tous les cas, la bande-annonce en dévoile un peu plus mais reste sommaire. Plus d’informations pourraient être dévoilées prochainement.
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