Frank Herbert avait fait un choix radical en écrivant Le Messie de Dune : sauter par-dessus la guerre sainte de Paul Atréides. Le roman s'ouvre des années après le carnage, dans un palais impérial rongé par les complots, et le lecteur ne voit jamais une seule bataille du Jihad qui a pourtant ravagé la galaxie. Denis Villeneuve, lui, a décidé de filmer précisément ce que Herbert avait laissé dans l'ombre de son histoire et la première bande-annonce de Dune : Troisième Partie ne laisse aucun doute sur l'ambition de cette entreprise galactique.
Le Jihad que Herbert refusait de montrer

Dans le roman de 1969, Franck Herbert traite la guerre sainte comme un fait accompli. Paul règne déjà sur l'empire, ses Fremen ont conquis des mondes entiers en son nom, et le récit se concentre sur les conspirations qui visent à le renverser, un thriller politique et philosophique où les couteaux sont plantés dans le dos loin des champs de bataille.
La bande-annonce du film prend cette approche à contre-pied total. On y voit Timothée Chalamet en armure, couvert de poussière et de sang, traverser des champs de bataille d'une violence que la saga n'avait pas encore montrée à l'écran. Des flottes spatiales, des affrontements au sol sur plusieurs planètes, des Fremen transformés en machine de guerre interstellaire.
En montrant la guerre plutôt que ses conséquences, Denis Villeneuve peut construire visuellement ce que Herbert faisait par le monologue intérieur : la transformation de Paul du héros réticent au tyran malgré lui, dont Thimothée Chalamet avait déjà évoqué l'ampleur en interview. Voir Paul Atréide ordonner des massacres à l'échelle planétaire, puis en mesurer le poids sur son visage, c'est plus parlant au cinéma que dans les bouquins.
Florence Pugh et Anya Taylor-Joy au centre du jeu politique

Mais le trailer ne se résume pas aux explosions, en effet Florence Pugh en Princesse Irulan et Anya Taylor-Joy en Alia Atréides occupent une place centrale dans les images dévoilées, ce qui confirme que le volet politique de Le Messie reste bien le squelette narratif du film. Irulan, épouse-otage de Paul dans le roman, semble ici disposer d'une agentivité que Franck Herbert ne lui accordait pas encore, un ajustement déjà perceptible dans Dune : Deuxième Partie et qui s'inscrit dans la tendance de Denis Villeneuve à étoffer ses personnages féminins par rapport au matériau source.
Quant à Alia, sa seule présence en tant qu'adulte à l'écran (jouée par Anya Taylor-Joy plutôt que par une enfant comme dans le livre) dénote d'un autre écart pris avec le roman. La sœur de Paul, née avec les mémoires de tous ses ancêtres, était terrifiante dans le roman, reste à voir comment le réalisateur gère cette dimension sans tomber dans le surnaturel trop appuyé.
Un pont entre le spectacle et la chute

Avec une sortie calée au 18 décembre 2026, en collision frontale avec Avengers: Doomsday, Denis Villeneuve semble vouloir livrer un film qui fonctionne à la fois comme blockbuster de fin d'année et comme film politico-tragédique. Le Jihad offre le spectacle, mais c'est bien l'effondrement intérieur de Paul, et les machinations de ceux qui veulent sa peau qui donneront au film sa substance. Le pari, au fond, consiste à rendre cinématographique le vide laissé à l'imaginaire du lecteur par Frenck Herbert il y a près de 60 ans.







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