Deux ans après son monumental carton dans les salles obscures françaises — 9,4 millions d’entrées —, on s’est penchés de nouveau sur Le Comte de Monte-Cristo et sa success-story. Un film d’aventure extrêmement ample, moderne dans son classicisme, porté par des acteurs au sommet de leur art et une direction artistique aux petits oignons.
Une œuvre qui prouve une nouvelle fois l’énorme maîtrise de deux de nos diamants bruts en France : Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière — les meilleurs scénaristes et réalisateurs de notre pays (Un illustre inconnu, Les Trois Mousquetaires, Papa ou Maman, Le Prénom…).
Monte-Cristo a surtout été partie intégrante d’un buzz viral sur les réseaux sociaux. Et forcément, TikTok, les edits, les retours spectateurs et influenceurs, ça aide bien. D’autres films ont su bénéficier de ce cas de figure et ça a payé : Obsession de Curry Barker, l’immonde M3GAN ou encore la danse iconique de Sinners. Aujourd’hui, comme on l’a expliqué via les buzz galactiques d’Obsession et de Backrooms, Monte-Cristo a su bénéficier d’une portée immense sur Internet pour s’adjuger une longévité saisissante au box-office, en plus d’être un film parfait.
Monte-Cristo reste une masterclass deux ans plus tard

La musique de Jérôme Rebotier, le découpage parfait en plusieurs actes, les montées en tension, l’articulation crédible d’un récit vengeresque… Le souci du détail est présent à tout moment — jamais un scénario n’a été aussi fort en réadaptant une œuvre ancienne, sans saouler avec du vieux langage. Le duo de réalisateurs a réimplanté dans la culture populaire française un Comte neuf, moderne, figure d’intérêt et qui peut susciter mimétisme (pas jusqu’au bout par contre, calmons-nous). L’audace du film vient surtout de la performance multiforme de Pierre Niney, qui nous sort quatre personnages en un : un vieux religieux, Edmond Dantès, Monte-Cristo, Halifax. Quatre personnages en un et, même avec ça, c’est Karim Leklou (Le Roman de Jim) qui a empoché le César du meilleur acteur.
Pourtant, il semblerait que la hype se soit un peu effondrée avec les années alors que non, il faut faire tenir sur la durée ce chef-d’œuvre (appelons un chat un chat). Il est de la même famille que le diptyque de La Bataille de Gaulle, ce film : une superproduction à la française qui montre que nous sommes capables de rivaliser avec l’ogre américain en produisant des films de vengeance, d’aventure, de guerre… En attendant d’autres genres tout aussi soutenus et populaires.
De fait, si vous voulez vivre près de trois heures d’échappées belles dans une histoire de vengeance méticuleusement agencée avec de très belles envolées lyriques, prenez un DVD du film, louez-le, la redécouverte de l’œuvre, même deux ans après, est absolument géniale.
Mais comment Dantès a-t-il déplacé tout son trésor ?

Et pour ne pas vous laisser penser que vous avez simplement lu un article qui loue Monte-Cristo, petite anecdote. J’avais pu lire ici et là que les fans du film s’interrogent sur un détail rigolo : comment Dantès a pu, dans une ellipse de simplement un an, ramasser tout le trésor de Monte-Cristo à lui tout seul pour se payer des dingueries ?
On ne nous explique jamais concrètement comment Edmond Dantès transporte tout le trésor. Le film montre qu’il vole/emprunte un bateau, rejoint l’île de Monte-Cristo, découvre l’immense trésor des Templiers… puis fait un saut d’environ un an avant de le retrouver installé comme Comte, richissime et entouré de domestiques. Le plus logique est donc qu’il ne déplace pas tout d’un coup. Il a probablement commencé par prendre seulement une petite quantité extrêmement précieuse — bijoux, pierres, pièces d’or — qu’il pouvait transporter sur son bateau. Avec ça, il pouvait immédiatement disposer d’une fortune suffisante pour acheter un navire plus important, payer des hommes, louer des entrepôts, puis revenir de plus en plus sur l’île chiper tout ce qui reste pour accroître sa fortune.
Vu les dingueries que semble contenir la caverne, il ne devait pas avoir besoin de beaucoup de diamants ou de pierres précieuses pour financer une partie de son empire. D’ailleurs, le roman de Dumas règle mieux le problème. Edmond est recueilli par des contrebandiers et travaille avec eux pendant quelque temps avant d’avoir l’occasion de revenir sur l’île de Monte-Cristo. Lorsqu’il découvre le trésor, il remplit simplement ses poches de pierres précieuses et dissimule de nouveau le reste.
Arrivé à Livourne, il revend quatre petits diamants pour disposer immédiatement de 20 000 francs. Il achète ensuite à Gênes un yacht spécialement aménagé avec des compartiments secrets, retourne seul à Monte-Cristo et transfère finalement l’intégralité du trésor dans son nouveau bateau. Probablement l’explication la plus plausible de l’ellipse du film. Maintenant, filez le voir, allez au boulot !







