Le Prix du Danger : L’ancêtre visionnaire de la dystopie médiatique

Avant Running Man, il y avait Le Prix du Danger en 1983. Yves Boisset y dépeignait une société dystopique où une émission de télé organisait des chasses à l’homme grandeur nature pour gagner un sacré paquet de pognon et laisser libre cours à l’expulsion de la violence et des ressentiments du public. Or, c’est une émission truquée, pilotée pour maximiser l’audimat et ne jamais garantir de gagnants.
Un film signé Yves Boisset avec Gérard Lanvin, Michel Piccoli, Marie-France Pisier ou encore Bruno Cremer dans les rôles principaux. Forcément, un tel choix d’histoire et de parti-pris incisif au niveau du message sous-jacent étonne pour l’époque et nous consterne lorsqu’on apprend toute la polémique qu’il y a eu derrière. Le film est adapté d’une nouvelle de Robert Sheckley de 1958. L’année même de la sortie du film, Stephen King sortait le roman Running Man, adapté cinq ans plus tard avec Arnold Schwarzenegger en tête d’affiche. Et là, forcément, à l’image, la similitude fait jaser.
Une bataille juridique et un héritage retrouvé

S'ensuit une longue bataille juridique en plusieurs rounds que Yves Boisset a finalement gagnée en 1996, malgré peu d’argent à la clef. Trente ans après cette guerre artistique, Running Man a été adapté de nouveau par Edgar Wright en 2025, dans un génial film pop, violent, cynique et acerbe. Mais rien ne vaut l’originalité du Prix du Danger, que nous avons découvert seulement récemment.
François Jacquemard, mec lambda un peu fauché, décide de participer à l’émission polémique. Il doit rejoindre un lieu secret, poursuivi par cinq personnes qui veulent sa peau. Il est fort de constater qu’à aucun moment nous n'avons la sensation de voir un film de 1982. 100 minutes fun, dynamiques et décomplexées où le cinéaste ne garde qu’en ligne de mire sa critique acerbe d’une société pouvant prendre racine dans un futur proche.
Michel Piccoli : L'ADN du show

Le long-métrage pétarade dans tous les sens, passe de façon continue d’un lieu à un autre, et essaie de dynamiter son récit par des interactions tellement drôles et mesquines. On ne met pas longtemps à comprendre le principe et la dangerosité du message. On rentre dans le vif du sujet et Le Prix du Danger propose des scènes d’action inventives alors que le budget est extrêmement modeste (tout comme l’équipe technique — regardez le générique pour le comprendre).
Le message de fond est aussi brutal et sans concessions : ce monde dystopique est d’une violence rare, capable de ruiner la bienséance et la vraisemblance des règles du concept pour parvenir à ses fins. Tous remplissent une case de cette oligarchie médiatique avant-gardiste avec brio : la directrice des programmes, vicieuse et cruelle, le PDG magnanime, mais surtout, gros coup de cœur sur le présentateur, incarné par Michel Piccoli.
Difficile de ne pas le mettre en comparaison avec le personnage de Colman Domingo — le présentateur du Running Man de Wright. Michel Piccoli est habité par son rôle de Frédéric Malaire. Petit costard blanc, vice à son paroxysme, sens du show continu : c’est lui l’ADN de ce Prix du Danger, au point de réduire Gérard Lanvin au second plan. On ne comprend même pas comment on est passé à côté de cette dinguerie tellement c’est fun, réussi et terriblement actuel pour un film qui a plus de 40 ans maintenant.
[media:le-prix-du-danger:full]
