Enfin là, enfin vu ! Le phénomène Backrooms, adaptation moderne de la célèbre creepypasta, reprise et adaptée en série par Kane “Pixels” Parsons, jeune YouTubeur désormais âgé de 21 ans et maintenant cinéaste. C’est le projet qui casse tout dans l’industrie du cinéma, puisqu’il a ramassé plus de 250 millions de dollars au box-office mondial, une énorme performance qu’il partage avec le phénomène Obsession de Curry Barker, l’autre film d’horreur en forme du moment.
Pour les néophytes, les Backrooms, ce sont ces vastes salles s’étalant sur des milliers de kilomètres, dans lesquelles on peut se rendre en traversant un mur, un sol, une surface buggée, pour quitter notre réalité. Comme je l’ai dit dans un article que j’ai précédemment écrit, j’adore le concept des espaces liminaux et surtout le principe de “noclip” de la réalité. Dernièrement, le film Exit 8 (2025) reprenait ce concept et faisait clairement partie de mes coups de cœur de l’année. La promesse, donc, d’aborder ce délire des espaces hors dimensions me faisait envie, surtout que le film arrive en tout dernier chez nous, après être sorti partout.
L’histoire : Clark (Chiwetel Ejiofor) est divorcé et gérant d’un magasin de meubles. Il découvre dans son magasin une porte d’entrée pour les Backrooms. Il en parle à Mary, sa psychologue (Renate Reinsve), qui ne le croit pas.
Une audacieuse réussite visuelle

La première chose à souligner et à applaudir, c’est la performance que signe Kane Parsons. Passer de YouTube à une vraie direction artistique de cinéma n’est pas une mince affaire, mais il remplit l’objectif haut la main. Backrooms est une audacieuse réussite visuelle.
Dans tous les moments et pics de tension, on sent le malaise omniprésent s’installer grâce à la façon de filmer, au montage sonore qui sait jongler entre grésillements, montées en tension et ruptures par des silences. Les jump scares sont bien dosés, pas abusifs, et participent à nous créer des pics de stress à des moments opportuns.
Backrooms, tout comme Obsession, dépoussière très largement le genre horrifique. Il parvient à stresser son public, le désarçonner, le faire flipper, sans user des artifices pompeux que l’on peut voir dans la majeure partie des productions d’épouvante pour ados. On joue sur l’image, le son, les peurs viscérales de l’homme, les souvenirs… Avec même un plan savamment orchestré qui rappelle le chef-d’œuvre It Follows de David Robert Mitchell.
Le mélange des façons de filmer apporte une vraie touche mi-amateur, mi-pro au film, qui parvient à se démarquer grâce à ses excellentes scènes en found footage. Pour autant, Backrooms a un petit côté frustrant : on sent tellement que l’univers des Backrooms foisonne d’idées, on voit que ce film est introductif. Il y a beaucoup d’itérations des Backrooms présentées dans le long-métrage et, vu le succès, A24 semble déjà réfléchir à une suite.
Un scénario plus fragile que son concept

La source de faiblesse est probablement le scénario, qui s’attarde un peu trop sur les consultations psychologiques entre Mary et Clark, comme s’il fallait remplir ce qu’il y avait entre les scènes de Backrooms. Ensuite, le pauvre Clark semble totalement virer de bord psychologiquement parlant, et ça n’est pas assez expliqué.
Les questions en suspens ne sont pas suffisamment appuyées, le scénario fonctionne d’une façon un peu alambiquée. Si la performance de Chiwetel Ejiofor apporte un vrai professionnalisme à l’ensemble, celle de Renate Reinsve, pourtant excellente dans Valeur sentimentale, pose question, la faute à une fâcheuse tendance à être monolithique, sans émotions.
Backrooms est un film conceptuel très réussi, magnifiquement filmé avec des plans soignés qui sonnent presque comme des tableaux surréalistes, une vraie montée progressive et intelligente de la tension malgré un scénario un peu faible. On s’amuse, mais on reste un peu sur notre faim. Mais on ne peut qu’applaudir Kane Parsons, qui participe plein pot à redéfinir le cinéma hollywoodien à sa façon.
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