La guerre de l'IA entre les États-Unis et la Chine vient de franchir un nouveau palier avec Anthropic, la société derrière Claude, qui a publié un billet de blog accusant trois entreprises chinoises d'avoir systématiquement violé ses conditions d'utilisation pour siphonner les capacités de son modèle. Les noms : DeepSeek, Moonshot et MiniMa et les chiffres sont vertigineux.
Des millions de requêtes pour copier Claude ?

La technique utilisée s'appelle la « distillation » : on bombarde un modèle avancé (le « professeur ») avec des requêtes ciblées, puis on récupère ses réponses pour entraîner un modèle plus petit (l'« élève »).
Le procédé n'est pas nouveau en soi, mais l'ampleur des opérations documentées par Anthropic donne le tournis. DeepSeek aurait effectué environ 150 000 échanges avec Claude. Moonshot monte à 3,4 millions. Et MiniMax explose le compteur avec plus de 13 millions d'échanges, ce qui en fait l'acteur le plus agressif du lot.

Concrètement, ces entreprises ont utilisé Claude comme un générateur de données d'entraînement gratuit et de haute qualité, contournant des années de recherche et des milliards de dollars d'investissement. Anthropic venait justement de lancer Claude Opus 4.6, son modèle le plus avancé, ce qui rend la pilule d'autant plus amère pour la maison basée à Los Angeles.
Un problème qui dépasse le simple piratage

Anthropic ne se contente pas de dénoncer une violation de ses CGU. L'entreprise inscrit ces pratiques dans un contexte géopolitique plus large, accusant les laboratoires chinois de contourner les restrictions à l'exportation mises en place par Washington pour maintenir l'avance technologique américaine. En permettant à des entreprises « soumises au contrôle du Parti communiste chinois » de combler leur retard par la copie, la distillation illicite sape directement la stratégie de contrôle des États-Unis.
DeepSeek, le plus médiatisé des trois accusés, prépare d'ailleurs un modèle V4 dont l'annonce pourrait secouer Wall Street, tant les investisseurs surveillent la moindre avancée chinoise en IA. La course entre Google, OpenAI et Anthropic est déjà féroce, et l'irruption de modèles chinois entraînés sur les données de leurs concurrents américains ajoute une couche d'instabilité à un marché déjà nerveux.
Et donc ?
Aucune des trois entreprises chinoises n'a répondu aux accusations d'Anthropic pour le moment.

La question est de savoir quels recours existent réellement, les CGU d'une entreprise californienne ont peu de poids juridique face à des sociétés basées à Pékin ou Hangzhou. Anthropic a récemment montré qu'elle pouvait faire trembler les marchés avec ses seules annonces, mais transformer des accusations en sanctions sera autrement plus compliqué, on imagine mal la Chine s'en prendre à ses pontes industriels à la faveur de la justice américaine.
Ce qui est certain, c'est que le modèle économique de l'IA, où l'on vend l'accès à un modèle via API tout en espérant que personne ne s'en serve pour fabriquer un concurrent, fallait s'en douter, montre ses limites structurelles. La distillation est le piratage version 2026, et personne n'a encore trouvé de DRM pour les neurones artificiels.




