Le retour de Star Wars au cinéma avec The Mandalorian & Grogu devait être un événement. Parce qu’il s’est écoulé beaucoup de temps après le foirage de L’Ascension de Skywalker, qui s’était arrêté un peu au-dessus du milliard, loin des standards de la franchise. Sept ans après, c’est par Jon Favreau que l’univers revient, un an avant le Starfighter de Shawn Levy. Du côté de l’état-major disneyen, on espérait certainement un petit succès. Dorénavant, le film quitte progressivement son exploitation mondiale, alors posons-nous une question : le film est-il réellement rentable pour Disney et Lucasfilm ?
La réponse courte est assez simple : en salles uniquement, non, le film n’est probablement pas rentable. Il n’est pas non plus un désastre absolu. Il a même plutôt sauvé les meubles. Mais entre son budget de production, ses frais marketing et la part réellement récupérée par le studio, le résultat est beaucoup moins confortable que le simple box-office mondial ne le laisse croire.
Selon les derniers chiffres disponibles, The Mandalorian & Grogu a rapporté environ 340,1 millions de dollars dans le monde. Dans le détail, le film a cumulé environ 176,9 millions de dollars aux États-Unis et au Canada, auxquels s’ajoutent 163,1 millions de dollars à l’international. Sur le papier, ce n’est pas ridicule. Pour un film dérivé d’une série Disney+, le résultat montre qu’il existe encore un public pour cette branche de l’univers Star Wars, même s’il n’est pas hyper massif en comparaison avec la saga Skywalker ou les premières tentatives de spin-off.
Mais vous le savez maintenant avec tous les articles que j’ai rédigés sur le box-office de films comme Valérian, Marsupilami ou The Black Phone : tout ne va pas dans les poches de Mickey.
Un calcul beaucoup moins glorieux que le box-office mondial

Le budget de production du film est estimé autour de 165 millions de dollars. Certaines données évoquent même un budget brut légèrement supérieur, autour de 166,4 millions, avant application d’un crédit d’impôt californien d’environ 21,7 millions de dollars. En tenant compte de ce crédit, le coût net de production pourrait donc se situer autour de 145 millions de dollars. Et on ne tient pas compte du marketing.
Pour un film Star Wars distribué mondialement par Disney, il est très difficile d’imaginer une campagne promotionnelle légère. Il y a eu un spot au Super Bowl, les bandes-annonces ont pris toute la place au moment de l’après-CinemaCon. Un coût marketing situé entre 100 et 150 millions de dollars paraît beaucoup plus cohérent avec ce type de sortie, parce que c’est la moyenne, hallucinante certes, mais globale pour ce type de blockbuster.
C’est là que le calcul devient intéressant. Sur les 340,1 millions de dollars rapportés en salles, Disney et Lucasfilm ne récupèrent pas tout. Les exploitants de salles conservent une part importante des recettes. En général, un studio récupère environ 50 à 55 % du box-office domestique, autour de 40 à 43 % à l’international, et environ 25 % seulement en Chine.
Avec ces hypothèses, The Mandalorian & Grogu aurait rapporté environ 165 millions de dollars nets à Disney et Lucasfilm via son exploitation en salles.
Le calcul est assez cruel : Sur 176,9 millions de dollars aux États-Unis et au Canada, le studio récupèrerait environ 97,3 millions. Sur l’international hors Chine, il récupèrerait environ 64,2 millions. Sur la Chine, où le film a rapporté environ 13,7 millions, la part studio serait autour de 3,4 millions. Au total, cela donne environ 165 millions de dollars de recettes réellement remontées au studio. Autrement dit, le film rembourse à peine son budget de production brut. Il ne rembourse pas son marketing. Et là, ça fait mal.
Si l’on prend le budget de production public de 165 millions de dollars, The Mandalorian & Grogu est quasiment à l’équilibre avant marketing. Mais dès que l’on ajoute la campagne promotionnelle, le film bascule dans le rouge.
Avec un marketing estimé à 100 millions de dollars, le coût total grimpe à environ 265 millions. Face à des recettes studio d’environ 165 millions, le déficit salles serait donc proche de 100 millions de dollars. Et encore, nous sommes dans la fourchette basse. Imaginez si le budget pub monte à 150 millions, le calcul est vite fait : 150 millions de pertes.
Un Star Wars sauvé par Disney+ et les produits dérivés ?

The Mandalorian & Grogu n’est pas un naufrage, mais c’est tout juste ok. Pour être rentable uniquement grâce à son exploitation cinéma, le film aurait dû atteindre un box-office mondial bien plus important. Avec un coût total production + marketing autour de 265 millions de dollars, il aurait probablement fallu viser au moins 540 à 550 millions de dollars dans le monde. Avec un marketing plus élevé, le seuil de rentabilité aurait plutôt tourné autour de 600 à 650 millions de dollars.
Et c’est là que la comparaison avec les attentes historiques de Star Wars fait mal. Même si The Mandalorian & Grogu n’avait pas vocation à jouer dans la même cour qu’un épisode principal, il reste un film de cinéma Star Wars, avec Disney, Lucasfilm, une sortie mondiale et une figure populaire comme Grogu. À ce niveau-là, 340 millions de dollars dans le monde, ce n’est pas catastrophique, mais c’est clairement limité. Cela peut montrer que certains éléments Star Wars dépendants de Disney+ ont atteint leur plafond de verre. Sans doute que le long-métrage a séduit les fans de la saga originale, mais guère plus.
C’est de toute façon le problème avec ce double jeu avec Disney+. Le fait d’adapter en film des suites de séries ferme la porte aux non-initiés. Regardez l’exemple The Marvels. Le film est l’un des plus gros fiascos de Marvel et possédait deux de ses personnages principaux introduits dans des séries.
Malgré tout, il reste un espoir pour encaisser ces 100 millions qui ont troué la caisse : les produits dérivés, les joujous autour de Grogu, les costumes de Din Djarin, les peluches, mais aussi la future exploitation DVD, VOD et SVOD. Sans oublier le streaming, puisque Disney+ ne manquera pas d’en faire un divin produit consommable prestement habilité à la consommation, en même temps qu’un McDo un soir de pleine lune.
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