Août 2016. Suicide Squad débarque dans les salles avec une promesse : donner aux méchants de DC leur propre film, dans l'esprit punk et décalé que les bandes-annonces vendaient si bien. Dix ans plus tard, le bilan est cruel. Le film de David Ayer est devenu un cas d'école de ce qu'il ne faut pas faire quand un studio panique en post-production.
Le meilleur marketing pour le pire film

Soyons honnêtes : les bandes-annonces de Suicide Squad étaient exceptionnelles. Bohemian Rhapsody de Queen sur des images de super-vilains bariolés, un montage nerveux, un ton irrévérencieux. Tout le monde voulait voir ce film, et c'est précisément le problème : le film ne ressemblait pas, mais vraiment, pas du tout à ses trailers.
Après la réception glaciale de Batman v Superman en mars 2016, Warner a paniqué. Le studio a littéralement confié un second montage du film à la société qui avait monté les bandes-annonces. Résultat : un Frankenstein tonal, coincé entre le sombre et le fun, où les chansons pop se succèdent toutes les trois minutes comme un clip MTV de 2006. David Ayer a toujours dit que sa version était radicalement différente. On ne la verra jamais.
Jared Leto : le Joker le plus cher pour rien

Tire, qu'on n'en parle plus.
Lui c'est Joleto, un mixte débile entre Jared et le Joker. On en a parlé pendant des mois. Les tatouages. Le rire. Les cadeaux flippants envoyés au cast. Jared Leto avait promis un Joker mémorable grâce à sa méthode Actor's Studio poussée à l'extrême. Le résultat ? Environ douze minutes à l'écran. Douze. Sur un film de deux heures.
Son Joker gangster-rappeur avec un "Damaged" tatoué sur le front est devenu un mème plus qu'une performance. Le personnage ne sert à rien dans l'intrigue, n'a aucun arc, et disparaît de longues portions du film. On apprendra bien plus tard que de nombreuses scènes avaient été coupées au montage. Encore une fois, merci Warner.
Ce qui marchait (un peu)
Margot Robbie. Et c'est tout. Son Harley Quinn crevait l'écran à chaque scène, au point de devenir la raison d'être du film pour beaucoup de spectateurs. Warner l'a bien compris puisque l'actrice a ensuite porté Birds of Prey (2020) et repris le rôle dans The Suicide Squad de James Gunn en 2021.

Will Smith en Deadshot était correct sans être transcendant. Le problème de son personnage, c'est qu'il jouait... Will Smith. Sympathique, charismatique, papa poule. Pas exactement ce qu'on attend d'un tueur à gages impitoyable. Viola Davis en Amanda Waller était bien castée, mais le personne tellement mal écrit.
Box office écrasant et un Oscar
Le plus absurde dans l'histoire de Suicide Squad, c'est son box-office. 746 millions de dollars de recettes mondiales. Un carton. Le marketing avait fait le boulot, le public s'est déplacé, et les chiffres ont donné raison à Warner, du moins en surface. Parce que la débâcle est là, et ne fera aucun débat outre.

Et puis il y a l'Oscar. Meilleur maquillage et coiffure. Suicide Squad a un Oscar. Le même film à 26% sur Rotten Tomatoes a une statuette dorée sur sa cheminée. C'est le genre de stat qu'on sort en soirée pour briser un silence gênant quand ton pote te sort que Gladiator II est génial.
James Gunn a montré comment faire
En 2021, James Gunn sort The Suicide Squad, ni vraiment une suite, pas non plus un reboot, un méli-mélo entre les deux. Et il prouve en 2h12 que le concept peut fonctionner. De l'humour, de la violence, des personnages qu'on ose tuer, et surtout une vision de réalisateur que le studio n'a pas charcutée. Le film fait un bide en salles (167 millions) en plein Covid et sortie simultanée sur HBO Max, mais la qualité se trouve déjà mieux.

James Gunn dirige désormais tout le DCU. David Ayer n'a plus tourné de blockbuster depuis. La différence entre un réalisateur qu'on laisse travailler et un qu'on muselle en post-prod, résumée en deux films portant quasiment le même nom.
Et donc, Dix ans après, ça dit quoi ?
Eh bien, pas grand-chose. Suicide Squad 2016 est l'un de ces films qu'on ne revoie pas. Il n'a pas le charme involontaire d'un nanar, ni la qualité suffisante pour supporter un revisionnage. C'est un produit de studio, fabriqué par un comité après un focus group, recouvert de peinture fluo pour masquer le vide.

Le Joker de Leto a été remplacé par celui de Joaquin Phoenix dans la mémoire collective (puis oublié lui aussi après Folie à Deux). Harley Quinn a survécu grâce au talent de son actrice. Le DCU de James Gunn est reparti de zéro. Et la Ayer Cut restera à jamais un fantasme de fans et de son créateur (qui milite encore un peu, mais il est tout seul)
Suicide Squad n'était pas un bon film en 2016. Il ne l'est toujours pas en 2026. La différence, c'est qu'aujourd'hui on sait exactement pourquoi.




