Rob Liefeld n'a jamais été du genre à mâcher ses mots et encore moins lorsqu'il s'agit de son Deadpool, sa dernière sortie ne fait pas exception. Dans une interview récente, le créateur de Deadpool a désigné ce qu'il considère comme la plus grosse erreur de Marvel avec son personnage fétiche, l'absence totale de vilains digne de ce nom.
Des vilains de Howard the Duck pour le mercenaire disert

Selon lui, Marvel a consciemment évité de développer des antagonistes originaux pour Wade Wilson, préférant lui coller des adversaires issus d'autres franchises ou, pire, des figures volontairement grotesques. L'exemple qui lui reste en travers de la gorge ? Doctor Bong, un personnage avec une cloche en guise de tête, initialement créé pour Howard the Duck. « On lui filait des vilains de Howard the Duck », résume-t-il amèrement. Pour Rob Liefeld, le contraste avec Spider-Man ou Batman est cinglant, ces héros doivent une bonne partie de leur longévité à la force de leurs ennemis récurrents, du Bouffon Vert au Joker. Deadpool, lui, a dû se construire sans cet appui narratif fondamental.
Le traumatisme Image Comics en toile de fond
L'explication donnée par Rob Liefeld dépasse le simple choix éditorial. Il estime que Marvel traînait encore le traumatisme de l'exode des artistes vers Image Comics au début des années 90, un épisode dans lequel Rob Liefeld a lui-même joué un rôle central en cofondant le studio avec Todd McFarlane et Jim Lee.

Selon lui, cette hémorragie de talents a poussé Marvel à décourager la création de nouveaux personnages, y compris les antagonistes. Si un auteur partait, il ne devait pas emporter avec lui un vilain devenu populaire. Le résultat , eh bien Deadpool s'est retrouvé prisonnier d'un écosystème narratif volontairement appauvri, alors même que le personnage est désormais un pilier du MCU avec un potentiel commercial considérable.
Bad Blood, la réponse de Liefeld
Plutôt que de se contenter de critiquer, Rob Liefeld a tenté de corriger le tir avec Deadpool: Bad Blood, un graphic novel à 30 dollars usa qui s'est hissé en tête des ventes. Dans cette histoire, il a introduit Thumper, un antagoniste directement lié au passé pré-Weapon X de Wade Wilson, offrant enfin une dimension émotionnelle aux affrontements du mercenaire. La démarche rappelle à quel point les choix éditoriaux de Marvel peuvent parfois brider leurs propres personnages sur papier comme à l'écran.

La critique de Ron Liefeld pose une question sérieuse, que les fans de Deadpool se posent depuis longtemps, peut-on devenir un personnage de premier plan sans adversaires récurrents capables de le pousser dans ses retranchements ? Au cinéma, Ryan Reynolds a contourné le problème en faisant de l'humour méta le véritable antagoniste de la franchise. Mais dans les comics, l'absence d'un Docteur Octopus ou d'un Magneto propre à Deadpool se fait sentir, et Rob Liefeld n'a visiblement pas l'intention de laisser Marvel l'oublier.





