En début d'année, personne à Hollywood ne connaissait Curry Barker. Six mois plus tard, il signe le film d'horreur le plus rentable de l'année, aligne deux longs-métrages en préparation et voit une file de studios se former devant sa porte. À 26 ans, cet ancien YouTubeur vient de réussir le braquage que des centaines de réalisateurs formés dans les écoles de cinéma attendent toute vie.
Son arme, c'est Obsession, le phénomène horrifique qui écrase le box-office 2026. Tourné pour 750 000 dollars, refusé de tous, le film a depuis franchi les 229 millions de recettes mondiales et continue de grimper semaine après semaine, du jamais-vu depuis Le Projet Blair Witch. Mais avant d'en arriver là, il y a eu YouTube.
YouTube comme école de cinéma
Curry Barker n'a pas appris son métier sur les bancs d'une fac de cinéma, mais avec une caméra, trois bouts de ficelle et une chaîne YouTube. Pendant des années, il y a tourné des courts et moyens-métrages d'horreur quasiment sans budget. Son found footage Milk & Serial, sorti gratuitement en 2024, est devenu culte dans la communauté horreur et a commencé à faire tourner quelques têtes du côté des producteurs. Pas assez pour qu'on lui ouvre les portes, puisqu'Obsession, monté en totale indépendance, n'a d'abord trouvé aucun acheteur.
Il a fallu que Focus Features et Blumhouse flairent enfin le coup pour que le film décroche une sortie en salles. Bien leur en a pris, puisqu'Obsession est devenu le plus gros succès de toute l'histoire de Focus Features. Pour un long-métrage à moins d'un million de dollars, le ratio de rentabilité frôle les records historiques du found footage, un territoire que plus personne n'osait explorer depuis Paranormal Activity.
Un cinéaste qui dynamite les codes

Ce qui rend Barker intéressant, ce n'est pas seulement son parcours atypique, c'est sa manière de filmer la peur. On l'a écrit sans détour dans notre critique d'Obsession : il prend les automatismes éculés du genre, jumpscares compris, et les rend à nouveau utiles. Son histoire de vœu qui tourne au cauchemar, portée par une Inde Navarette en état de grâce, transforme un pitch de série B en commentaire glaçant sur la toxicité des relations. Cadre étouffant proche du 4:3, agression sonore maîtrisée, malaise qui monte crescendo, la mise en scène a une vraie patte, quelque part entre l'amateurisme brutal et le contrôle total.
Et il n'est pas seul. A24 a confié son film Backrooms à Kane Parsons, un autre créateur venu de YouTube, avec le même résultat fracassant au box-office. Deux YouTubeurs trustent l'horreur en 2026, et je ne crois pas une seconde à la coïncidence. Les studios ont compris que ces gamins débarquent avec une communauté déjà constituée, un langage visuel rodé et des budgets qui rendent le pari quasi sans risque.
Et maintenant ?

Barker n'a aucune intention de capitaliser sur une suite, il l'a dit clairement, il n'y aura pas d'Obsession 2. Il enchaîne plutôt sur Anything but Ghosts, une histoire de chasseurs de fantômes qui tombent sur de vrais esprits, avec Bryce Dallas Howard et Aaron Paul au casting. Dans la foulée, A24 lui a confié un remake de Massacre à la tronçonneuse. Pas mal pour un type que personne ne voulait financer il y a un an. Reste à savoir s'il tient un vrai style ou un simple coup de chance, on aura la réponse avec son prochain film. En attendant, il dicte le tempo, Hollywood le suit.
