Le département américain de la Défense vient de signer des contrats d'IA pour ses réseaux classifiés avec sept entreprises tech, SpaceX, OpenAI, Google, NVIDIA, Reflection, Microsoft et Amazon Web Services.
Anthropic, dont les modèles Claude dominent pourtant les benchmarks de raisonnement, n'y figure pas. L'entreprise n'a pas été oublié, c'est une exclusion délibérée du gouvernement Trump.
En mars 2026, le Pentagone avait classé Anthropic en "supply chain risk", un label jusque-là réservé aux entreprises liées à des adversaires étrangers, première fois qu'il atterrit sur une entreprise américaine, c'est historique. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a doublé la mise avec une directive stricte : plus aucun contractant, fournisseur ou partenaire en affaires avec le Pentagone ne pourra travailler avec Anthropic. La porte se ferme à double tour pour l'entreprise IA qui prône la souveraineté et l'anonymat de ses clients.
La ligne rouge qu'Anthropic refuse de franchir

L'administration Trump voulait un accès "sans restriction" à Claude pour un usage militaire, ce qui inclut deux cases qu'Anthropic refuse depuis sa création, les armes létales pleinement autonomes et la surveillance domestique de masse. Là où OpenAI, Microsoft ou Google ont accepté de moduler leurs garde-fous pour décrocher des marchés à neuf chiffres dans l'Impact Level 6 et 7 (les niveaux de classification les plus sensibles du Pentagone), Dario Amodei n'a pas plié, et là, y'a le beau geste.
Anthropic a riposté en justice avec deux plaintes, l'une à San Francisco, l'autre à Washington. Un juge fédéral californien a déjà bloqué l'ordre d'exclusion le mois dernier, la procédure traîne en cours d'instruction, mais le champ de bataille appartient aussi à la firme californienne. La maison Claude considère qu'on ne peut pas l'éjecter du marché par décret quand elle défend une position éthique publique depuis sa fondation. Cohérent avec sa ligne récente : il y a trois semaines, Anthropic a coupé l'accès d'OpenClaw à ses abonnements Claude plutôt que d'accepter des usages tiers non contrôlés.
Le coup de pression

Pendant ce temps, le Pentagone signe avec tout le reste. Sept concurrents directs sur des réseaux classifiés, c'est exactement le levier dont Trump a besoin pour ramener Amodei à la table. Le 17 avril, la cheffe de cabinet Susie Wiles et plusieurs hauts responsables ont reçu le PDG d'Anthropic à la Maison-Blanche. Trump a glissé sur CNBC juste après qu'un accord restait "possible", ajoutant que "ils sont très intelligents, et je pense qu'ils peuvent être très utiles". On a contourné votre veto, on signe avec vos rivaux, revenez négocier vos conditions à la baisse.
Pour les deux camps, il y a fort à gagner, comme à perdre. Anthropic perd l'accès au plus gros budget IA militaire du monde, alors même que Claude Opus 4.7 vient de passer devant ChatGPT et Gemini sur les benchmarks de travail réel. Le Pentagone se prive d'un modèle que beaucoup considèrent comme le plus solide en code et raisonnement long, et qu'Apple utilise déjà en interne pour ses tâches sensibles.

Mais pour Anthropic, j'y vois aussi une carte marketing inattendue. Dans une industrie où chaque labo IA promet de la "safety" en façade tout en signant des chèques au Pentagone, elle reste la seule à pouvoir dire qu'elle a refusé. Le procès tranchera la légalité de l'exclusion, la suite nous dira si tenir une ligne éthique reste viable face à un président qui traite les concurrents comme une variable python.





