Quatre semaines après sa sortie, Michael vient de rattraper le coup de maître de Zootopie 2 effectué il y a six mois : reprendre la première place du box-office américain. Le biopic Michael Jackson d'Antoine Fuqua a engrangé 26,1 millions de dollars sur le seul weekend, dépassant Le Diable s'habille en Prada 2 et le débutant horrifique Obsession. Sa chute par rapport au weekend précédent ne dépasse pas 31 %, un niveau remarquablement plat pour un blockbuster en quatrième semaine d'exploitation.
Le cumul domestique grimpe à 283,1 millions de dollars. Au mondial, Michael franchit la barre des 600 millions, ce qui en fait le deuxième biopic musical de l'histoire à atteindre ce palier après Bohemian Rhapsody en 2018 (904 millions de dollars finaux). Et à ce rythme, le film vise désormais sans complexe le milliard, ce qui ferait du portrait Jackson le premier biopic musical à franchir ce seuil.
Une chute anormalement plate pour un weekend 4

Le chiffre affolant c'est ce -31 %. Sur un blockbuster classique en weekend 4, on descend plutôt de -50 à -65 % (Mortal Kombat II vient justement de tomber à -65 % sur la même période, et plafonne à 62 millions cumulés). Une chute aussi modérée est dû à un bouche-à-oreille puissant qui continue de drainer du public bien après l'effet du lancement. Le profil de la fréquentation montre aussi un public adulte qui choisit ses séances et revient en groupes, plutôt qu'une cohorte de fans hardcore consommée dès la première semaine.
Michael est en train de devenir l'un des phénomènes box-office de la première moitié 2026, en France comme aux États-Unis. Sur notre territoire, le film tenait encore la première place la semaine dernière, et avait signé le deuxième meilleur démarrage français pour un biopic toutes époques confondues.
39 % sur Rotten Tomatoes, et le public s'en moque
La grande contradiction du film tient là, côté critique, Michael affiche un 39 % très médiocre sur Rotten Tomatoes. Notre propre critique pointait un biopic tire-au-flanc qui fait pire que Bohemian Rhapsody sur la même formule, avec une mise en scène pépère et un récit chronologique qui évite soigneusement toutes les zones d'ombre du personnage.

C'est précisément ce dernier point qui fait scandale dans la presse anglo-saxonne. Le film a choisi une "sunny depiction" de Michael Jackson qui occulte purement et simplement les accusations d'abus sexuels sur mineurs portées contre l'artiste de son vivant et après sa mort, notamment via le documentaire Leaving Neverland en 2019. Cette stratégie d'évitement total a été validée par la famille Jackson, propriétaire des droits musicaux indispensables au film. Nos révélations sur les négociations à couteaux tirés entre la production et la famille détaillaient déjà à quel point ces compromis avaient pesé sur le résultat final.
Le public vote massivement avec son portefeuille. Le débat critique n'a aucun impact sur la fréquentation. Lionsgate l'avait anticipé en confirmant officiellement Michael Part II dès le premier weekend de sortie. Le studio sait exactement ce qu'il fait, alors que la machine commerciale tourne justement parce que le film évite les sujets qui fâchent.
Verdict
Michael est le cas d'école 2026 du blockbuster qui sépare radicalement la valeur artistique de la performance commerciale. Le film est mauvais, la critique le confirme, la presse l'écrit, mais ça n'a aucune importance commerciale. Le public veut entendre les hits de Michael Jackson sur grand écran, voir Jaafar Jackson danser comme son oncle, et oublier le reste. Bohemian Rhapsody avait posé cette équation en 2018, Michael la pousse plus loin encore avec une omission éthique évidemment volontaire.
Au rythme actuel, le milliard mondial est à portée d'ici fin juin. Si Michael y arrive, ce sera le premier biopic musical à franchir le seuil. Hollywood aura officiellement la preuve qu'une carrière entière peut être réécrite à l'écran sans en mentionner les zones d'ombre, du moment que le catalogue musical fait le job.







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