La lente agonie d'une trilogie magique

Ce qui est très bête avec la franchise Insaisissables c’est qu’initialement, c’était pas si mal. Mais plus on avance dans les six heures de films cumulés en trois opus disparates s’échelonnant de 2013 à 2025, et plus on tombe sur les abysses de la médiocrité, des clichés bien vilains et un scénario faiblard.
Le premier opus en 2013, signé Louis Leterrier, était plutôt sympathique malgré un twist final complètement tiré par les cheveux impliquant le personnage de Dylan Rhodes (Mark Ruffalo). Le film avait solidement attiré 3 millions de spectateurs en France avec 375 millions de dollars au box-office mondial.
Puis est venu en 2016 Insaisissables 2 de Jon M. Chu qui mélangeait magie et chorégraphies de danses. Fausse bonne idée mais on pouvait commencer à déceler l’enfer qu’allait devenir Insaisissables 3, certainement l’un de nos pires films de l’année 2025 tant tout fut nul. On ne va pas s'épancher de nouveau dessus car on en a fait une critique avec une note assez acerbe (1.7/10). Le deuxième opus a amorcé une petite décrue avec 330 millions de dollars de recettes et 2.1 millions d’entrées en France?
Enfin, comme le troisième film est très nul, c’est encore pire : 1 million d’entrées en France et 243 millions de dollars à l’international.
Même si le concept est très cool, on aimerait beaucoup que Lionsgate laisse poliment mourir la franchise et ses personnages et ne choisisse pas de nous sortir des fagots un Insaisissables 4 tant le dernier demeure d’une violence inouïe pour nos neurones. On va se pencher sur la rentabilité précise ou non pour Lionsgate du long-métrage pour savoir la tendance à ce sujet.
Le calcul de la rentabilité en salles : à la recherche des millions perdus

243 millions de dollars de recettes c’est très moyen - surtout pour ce film qui a coûté 90 millions où, vu les effets spéciaux pourris, la majeure partie a dû être partagée en cachets par Jesse Eisenberg, Dave Franco, Woody Harrelson, Morgan Freeman et Rosamund Pike. Parce que quitte à mal écrire ses personnages, autant les incarner par une pléiade d’acteurs qui coûtent super cher.
Il est bon de notifier que sur les 90 millions de budget, aucune source officielle ne dit que tout vient de Lionsgate. Il y aurait également eu des deniers de Media Capital Technologies, qui a signé un accord avec Lionsgate en 2024. Mais c’est probablement un pourcentage faible. Ensuite, l’association de production désigne Lionsgate et Summit Entertainment - qui est une filiale de Lionsgate. On va donc partir du principe qu’ils ont bien lâché 90 millions de leur poche, parce qu’ils avaient trop confiance en ce film tout pourri.
Sur la totalité des recettes, le studio ne récupère pas tout. Investopedia parle de 60 % du box-office aux États-Unis (61.88 millions de dollars) et 20 % à 40 % à l’étranger (182.08 millions de dollars). Ce qui nous donne environ 97 millions de dollars récupérés par Lionsgate et ses partenaires. A fortiori, le film rentabilise donc tout juste son coût de production.
Néanmoins, il reste le marketing - très souvent côté à environ la moitié du budget initial. Donc potentiellement 45 millions. Ce qui signifie que Insaisissables est à 37 millions de dollars de son seuil de rentabilité. Rien d’alarmant car on est sur un chiffre facilement atteignable grâce à d’autres sources de revenus : L’exploitation en streaming du film mais aussi l’exploitation DVD, VOD et SVOD qui arrive ensuite - on y retrouve également les ventes potentielles des droits à certaines chaînes de télévision pour la diffusion du navet.
Le miracle des revenus "Ancillary" au bilan comptable

Lionsgate a indiqué dans ses résultats du 3e trimestre fiscal 2026 que le segment Motion Picture avait vu son chiffre d’affaires monter à 421,2 M$, porté par les succès de The Housemaid (La femme de Ménage - tout aussi nul) et Now You See Me: Now You Don’t (Insaisissables 3), même si le profit avait été affecté par une hausse des dépenses. Puis, au 4e trimestre fiscal 2026, Lionsgate précise que le segment Motion Picture a atteint 651,9 M$ de revenus et 187,1 M$ de profit, porté notamment par la performance “ancillary” d’Insaisissables 3.
Lionsgate cite explicitement l’exploitation post-salle du film comme un moteur positif de son segment cinéma. Les revenus “ancillary” incluent typiquement PVOD, vidéo, ventes numériques, TV, streaming/pay-one, licences internationales, etc. Dans les 187 millions de profit, en partie générés par les performances ancillary des films Lionsgate, il est probable qu’on y trouve une bonne part imputée au film de magie. On ne peut pas quantifier la part exacte pour Insaisissables mais il existe des chances qu’il ait pu trouver ses 37 millions de dollars pour être rentable.
En résumé : Échec : non, Succès : non plus. Ni l’un ni l’autre. Le long-métrage a juste fait ce qu’il fallait pour éviter la banqueroute. En attendant, si vous voulez voir ce chef-d’œuvre, il est dispo en VOD, DVD et Blu-Ray.
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