Deux semaines après sa sortie américaine, Digger n'a rapporté que 16,3 millions de dollars en Amérique du Nord et environ 40,8 millions dans le monde, d'après The Numbers. La satire d'Alejandro G. Iñárritu avait obtenu un budget de 125 millions, qui serait monté entre 160 et 180 millions selon quatre sources de Variety. Au-delà de Tom Cruise, ce fiasco donne aux studios un argument contre le film d'auteur à gros budget porté par une star.
Warner conteste le budget et le seuil de rentabilité avancés par la presse. Les pertes restent donc des estimations. TheWrap les situait autour de 250 millions de dollars, en comptant une centaine de millions de marketing et les revenus attendus après l'exploitation en salles. Variety les projette à 245 millions après un deuxième week-end en baisse de 60 %, ce qui ferait de Digger la plus lourde perte de la carrière de Cruise. Avec 8 millions de dollars, son premier week-end était déjà le pire démarrage américain de l'acteur depuis Lions et Agneaux en 2007. Le studio situe le seuil de rentabilité en salles à 300 millions de dollars, Variety à 350 millions. Dans les deux cas, le film n'en a pas encore encaissé le septième.
Avant Digger, Mickey 17, Joker 2 et The Bride! avaient déjà coûté cher à Warner

Michael De Luca et Pamela Abdy, qui dirigeaient le cinéma de Warner depuis 2022, avaient choisi d'offrir aux cinéastes plus d'argent et plus d'autonomie pour les retenir face à Netflix, rappelle Variety. Mickey 17 de Bong Joon-ho, produit pour 118 millions de dollars après crédits d'impôt, devait perdre 75 à 80 millions en salles selon les projections du magazine. Pour Joker : Folie à deux, Variety évoquait 150 à 200 millions de pertes, des estimations que Warner jugeait « grossièrement fausses ». Cette année encore, The Bride! de Maggie Gyllenhaal s'est arrêté autour de 24 millions dans le monde pour un budget d'environ 90 millions.
La même politique a aussi rapporté onze Oscars à Warner lors de la dernière cérémonie, dont six pour Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson et quatre pour Sinners, qui a dépassé 370 millions de dollars de recettes mondiales. Le film de Paul Thomas Anderson, sacré meilleur film, aurait pourtant perdu près de 100 millions selon Variety, avec un peu moins de 210 millions encaissés dans le monde dont les salles gardent la moitié.
David Ellison promet des histoires originales, avec une autre équipe aux commandes

David Zaslav, alors patron de Warner Bros. Discovery, avait validé Digger comme premier film d'un accord entre le studio et Tom Cruise. Warner l'a financé seul, souligne TheWrap, alors que Legendary partageait la note de Dune. Le film est sorti aux États-Unis quatre jours avant que Skydance, le groupe de David Ellison déjà propriétaire de Paramount, ne boucle le rachat du studio. De Luca et Abdy n'ont pas été conservés. Dana Goldberg et Josh Greenstein, venus de Paramount, supervisent désormais les films des deux maisons.
Le jour de la fusion, Ellison s'est dit « un grand partisan des histoires originales » et a cité Sinners comme son film préféré de l'an dernier, d'après TheWrap. Il a aussi promis d'investir dans les franchises du groupe, qui s'est engagé auprès des exploitants à sortir une trentaine de films par an. Les films originaux devraient donc garder une place. Après Digger, un auteur qui arrivera avec une star risque surtout de devoir accepter un budget plafonné ou un cofinancement. L'analyste Jeff Bock prévenait d'ailleurs dans Variety que le nom de Cruise ne suffirait pas à vendre le film, l'acteur étant devenu une « machine à franchises ». L'acteur doit tourner la suite de Jours de tonnerre chez Paramount, désormais la maison sœur de Warner.
Guillermo del Toro et Ben Affleck défendent le droit à l'échec
Guillermo del Toro a répondu à IGN, qui renvoyait le film à HBO Max, en le comparant à La Valse des pantins et à The Big Lebowski, mal reçus à leur sortie puis devenus des classiques. Au New York Times, Alejandro G. Iñárritu a admis que son film n'était « pas parfait », tout en disant préférer des réactions tranchées à un accueil tiède. Ben Affleck parle même de harcèlement et prévient que punir les films qui prennent des risques mènera à des films « homogénéisés ». Aucune de ces prises de parole n'a fait bouger le box-office, constate Fortune.
En France, les spectateurs d'AlloCiné lui accordaient 3,8 sur 5 au premier week-end, mieux que la presse (3,2). Le film trouvera peut-être son public en streaming. L'estimation de TheWrap intègre pourtant déjà ces revenus. Dana Goldberg et Josh Greenstein auront ce bilan en tête la prochaine fois qu'un cinéaste leur proposera un film original avec une star.
